Mercredi 26 février 2020

Société

Le statut de l’artiste

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 30 janvier 2020 - 374 mots

Société. On a beau tourner le problème dans tous les sens, c’est bien le marché qui fait les artistes. Le rapport Racine vient d’en apporter – à son corps défendant – encore une fois la preuve.

Précisons les termes, pour mieux comprendre cette brutale assertion. Le marché, ce sont les acheteurs d’œuvres d’art, c’est-à-dire les collectionneurs, les galeristes, mais aussi les Frac ou l’État. Et si l’on dit que c’est le marché qui fait les artistes, c’est parce que la reconnaissance du statut d’artiste passe par leurs revenus, principalement la vente de leurs œuvres. Car malgré la suppression de la distinction entre « affiliés » et « assujettis », le critère du revenu annuel (près de 9 000 €) reste déterminant pour ouvrir les droits à la protection sociale des auteurs et ainsi être considéré comme un artiste (c’est ce que dit un artiste cité dans le rapport).

L’alternative au marché serait le salariat qui rémunérerait le travail, autrement dit le temps passé par un artiste à produire son œuvre. Mais on imagine mal le peintre ou le plasticien aller pointer chez le galeriste ou une personne publique (État, collectivité locale) et travailler trente-cinq heures par semaine chez son employeur.

Le rapport Racine évoque bien un possible contrat de commande pour rémunérer le temps de travail de l’artiste, mais face aux multiples obstacles opérationnels, juridiques et fiscaux, il doit se tourner vers le Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique pour trouver des pistes.

L’ex-président du Centre Pompidou et de la BNF, et futur directeur de la Collection Pinault à Venise doit donc s’en remettre au critère de revenus non salariés pour distinguer les artistes professionnels, occasionnels et amateurs. Mais il tente de réguler « la main invisible » du marché avec des dispositifs qui permettent d’atteindre ce fameux seuil. 9 000 € par an, c’est insuffisant pour vivre de son art, mais ce filet de protection permet de tenir en attendant le succès commercial, surtout si l’affilié a d’autres revenus. Notons, au passage, que de nombreuses professions sont reconnues, mais se plaignent d’être déconsidérées, à l’inverse des artistes qui jouissent d’une image plutôt flatteuse, mais voudraient être reconnus.

Reste maintenant à se demander si le marché a du goût et sait reconnaître le talent, mais c’est une autre histoire.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°538 du 31 janvier 2020, avec le titre suivant : Le statut de l’artiste

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