Éditorial

Le patrimoine a besoin de figures

PATRIMOINE. Depuis que Stéphane Bern a été chargé d’une mission et l’annonce d’un nouveau Loto, on n’a jamais autant parlé du patrimoine.

On ne compte pas moins de 33 dépêches AFP publiées sur le sujet en moins d’un an, plusieurs hebdos ont fait leur « une » là-dessus. Même l’émission « C dans l’air » sur France 5, qui traite en général de la politique ou de problèmes de géopolitique, y a consacré une émission la semaine dernière. S’il est vrai que le patrimoine intéresse les Français – parce qu’il renvoie à l’Histoire, qui les passionne, et à leur identité –, jamais une initiative patrimoniale n’a bénéficié d’un tel emballement médiatique.

Et pourtant un tel battage n’a aucun rapport avec les sommes en jeu. Le ministère de la Culture estime que les recettes tirées de ce nouveau jeu rapporteront entre 15 et 20 millions d’euros, soit moins de 5 % du budget consacré au patrimoine monumental. La restauration du Panthéon à Paris a coûté à elle seule 100 millions d’euros et elle n’a pas fait les gros titres des journaux. Les propositions de création d’un « loto du patrimoine », portées depuis de longues années par le maire de Versailles, François de Mazières, avaient été peu reprises dans les médias de l’époque.

Comment expliquer un tel bouillonnement ? La réponse est simple, elle tient à la personnalité de Stéphane Bern, un animateur de télévision ultra-connu, peu clivant, mais qui n’a pas sa langue dans sa poche, alimentant la presse de petites phrases sur les technocrates du patrimoine. Et comme il tient son pouvoir d’avoir été désigné par Emmanuel Macron, cette onction lui assure juste ce qu’il faut à la fois de critiques et de révérences.

Le grand public a besoin de figures pour se laisser embarquer dans une cause. Les agences de communication l’ont bien compris : elles font appel à des personnalités pour solliciter des dons à des fins humanitaires. Le cinéma et le théâtre s’incarnent naturellement à travers les acteurs et comédiens, le livre aussi dispose de plusieurs « bons clients » pour les médias parmi les auteurs en vogue. La palme revient aux musiques actuelles, certains chanteurs étant même sollicités sur des sujets qui ne les concernent a priori pas. Le patrimoine, lui, n’est par essence pas vivant et aucune personnalité issue du milieu n’a émergé pour l’incarner. Les conservateurs, les plus experts dans ce domaine, ne peuvent s’exprimer librement, contraints par leur devoir de réserve. Il y a là matière à réflexion pour les associations nationales patrimoniales qui, pour mieux faire passer leur message, devraient se trouver des personnalités médiatiques.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°503 du 8 juin 2018, avec le titre suivant : Le patrimoine a besoin de figures

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