Dimanche 8 décembre 2019

Éditorial

Le balancier académique

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 19 janvier 2018 - 394 mots

Histoire du goût. Le professeur Bruno Foucart, qui vient de disparaître et dont l’auteur de ces lignes fut l’élève, a participé avec d’autres à la réhabilitation de la peinture plus ou moins académique du XIXe siècle. Ce n’est pas son seul mérite, mais c’est sans doute ce que la postérité retiendra. « Plus ou moins académique », l’expression est employée à dessein car les catégories sont en effet particulièrement indistinctes dans cette peinture du dernier tiers du XIXe. Cela fait bien longtemps que les historiens de l’art n’opposent plus les impressionnistes à leurs contemporains du Salon. Entre la grande peinture d’histoire de Jean-Paul Laurens, parangon de l’art pompier, les scènes de genre de Firmin, l’orientalisme de pacotille de Gérôme, le naturalisme de Bastien-Lepage et les paysages de Français, la production de cette époque a épousé tous les styles, du plus léché (Bouguereau) au plus esquissé ou diaphane (Puvis de Chavannes), brouillant parfois les frontières avec la nouvelle école du plein air. C’est ce qui explique en partie le retour en grâce progressif de cette peinture à partir des années 1980 auprès de conservateurs qui n’hésitent plus à lui consacrer des monographies. Le phénomène a pris de l’ampleur quand le marché de l’art, toujours en quête de nouvelles marchandises, s’en est emparé. Le grand public, qui n’avait jamais vraiment boudé cette peinture dite facile se trouve conforté dans ses goûts. Paradoxalement, l’Académie des beaux-arts, si vilipendée à l’époque, n’a pas su tirer parti de ce renouveau. Arnaud d’Hauterives, son secrétaire perpétuel (pendant vingt ans !), qui vient lui aussi de disparaître la veille du décès de Bruno Foucart, a bien tenté de secouer la vieille maison. Mais ce Grand Prix de Rome est resté prisonnier d’un système, d’une histoire, de convenances, et il faut bien le dire aussi d’un certain confort peu propice aux remises en cause. L’Académie pourrait devenir un opérateur culturel, organiser de grandes expositions, mais elle préfère confier ses sites, mis à part le Musée Marmottan, à des opérateurs tels que Culturespaces – qui du reste accomplit bien son rôle. Comme la peinture académique à son époque, les œuvres de Jeff Koons, Takashi Murakami ou Damien Hirst, dont on a souvent écrit dans ces colonnes qu’elles s’y apparentent, devraient donc, à supposer qu’il y a des cycles dans l’histoire du goût, entrer au purgatoire d’ici une vingtaine d’années pour en sortir au siècle prochain.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°493 du 19 janvier 2018, avec le titre suivant : Le balancier acadÉmique

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