Samedi 17 novembre 2018

Heurts et malheurs du patrimoine

L'ŒIL

Le 1 mai 2003 - 483 mots

On apprenait, à la mi-avril 2003, le pillage des trente-deux galeries du Musée archéologique et l’incendie de la bibliothèque de Bagdad. Le New York Times précisait qu’il n’avait pas fallu deux jours aux pillards pour achever leur sac sous le regard apparemment impassible des troupes américaines, et cela bien que des démarches aient été entreprises, comme le soulignait McGuire Gibson, professeur à l’Institut d’études orientales de l’Université de Chicago, auprès du Pentagone avant le déclenchement de la guerre pour prévenir ce risque prévisible du pillage de ce musée. Celui-ci, inauguré en 1976, fermé pendant la guerre du Golfe puis rouvert en 2000, rassemblait environ
150 000 pièces, vestiges des civilisations qui se sont succédé entre le Tigre et l’Euphrate depuis 7 000 ans, et dont les pièces témoignent des arts sumérien, akkadien, babylonien, assyrien, perse, grec, sassanide et islamiques... On cherche à présent, le mal fait, et comme le réclament archéologues et historiens d’art « à contrôler les frontières pour intercepter les antiquités qui risquent de quitter le pays ». Certaines œuvres ont été volées, d’autres détruites. Des collections de bijoux en or provenant des tombes des reines assyriennes de Nimrud, déposées à la Banque centrale avant la guerre, ont elles aussi disparu, les banques n’ayant pas davantage résisté aux assaillants.
En France, on avait appris quelques jours plus tôt, mais cela devenait du coup nettement moins essentiel, que l’ancien Musée des monuments français était « sauvé », et que ses collections retrouveraient une place importante dans la Cité de l’architecture et du patrimoine du Palais de Chaillot qui devrait ouvrir ses portes en 2005. Il y a peu quasiment éliminés de ce projet, ces moulages et peintures murales y retrouvent une place centrale. La Cité occupera quelque 2 300 m2 et regroupera trois départements : le musée d’architecture, le département d’actualité et le centre des hautes études de Chaillot (école des architectes du patrimoine). Florence Contenay, présidente de l’Institut français d’architecture qui dirige la mission de préfiguration de ce nouvel établissement public et commercial (Epic) a nommé depuis peu un conservateur chargé des peintures murales, Robert Dulau, et une conservatrice chargée du programme muséographique de la galerie des moulages, Françoise Magny. Jean-Louis Cohen, directeur de l’IFA et responsable scientifique de la mission de préfiguration, a, quant à lui, décidé de confier à des architectes barcelonais – l’étude GAO – la réalisation de la galerie d’architecture moderne et contemporaine, dont la conception même pose de multiples problèmes de choix, de présentation, de réalisation technique.
Au ministère de la Culture, un nouveau directeur, Michel Clément, vient d’être nommé à la tête de la direction de l’architecture et du patrimoine (Dapa), il y sera bientôt rejoint par Ann José Arlot, actuellement directrice du Pavillon de l’Arsenal et future sous-directrice de l’architecture au ministère. Il leur reviendra de faire aboutir ce difficile projet de conjonction du patrimoine architectural français et de l’architecture moderne et contemporaine internationale.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°547 du 1 mai 2003, avec le titre suivant : Heurts et malheurs du patrimoine

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