Panorama

La France au sens large

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 5 novembre 2004

Jean-Marie Pérouse de Montclos signe le premier volume de son « Art de France ».

Trouver dans un ouvrage consacré à l’art de France une analyse de la chapelle de l’église San Gaetano construite par l’architecte piémontais Bernardo Vittone à Nice en 1744 ou une étude du retable d’Issenheim de Matthias Grünewald est peu commun. L’essence de ces œuvres ne doit rien en effet à ce que l’on entend d’ordinaire par « art français » et leur présence devrait même faire grincer les dents de tout historien de l’art normalement constitué. Dans son dernier ouvrage, L’Art de France, somme en trois volumes dont vient de paraître le premier, Jean-Marie Pérouse de Montclos a pourtant pris le parti de concentrer son propos sur l’art qui s’est développé dans les limites administratives de la France actuelle plutôt que de s’aventurer dans des choix stylistiques qui continuent de prêter à débat.
L’auteur admet lui-même son audace en écrivant : « Rattacher le retable [d’Issenheim] à l’art de la France en mettant en avant qu’Issenheim est en Alsace (une Alsace qui n’était pas encore française), a au moins le mérite d’informer sur ce qui est irréductiblement étranger à l’art français dans certaines œuvres produites dans les limites de la France actuelle. » Certes ! Mais déjà, dans l’avant-propos, l’historien de l’art mettait en garde le lecteur : « La fondation de notre sujet sur un socle territorial nous contraint à “naturaliser” par application du jus solis, toutes les œuvres produites sur, ou pour, ce qu’André Chastel appelle comiquement le “sol pré-hexagonal”. Le principe admis, on constatera sans s’en émouvoir que “la notion d’art français n’a pratiquement aucun sens pour les siècles du pré-Moyen Âge”. Appliquer à l’art les divisions de la géographie physique amendées par l’histoire n’est peut-être qu’un artifice, mais il a le mérite de donner une délimitation nette. »

Clair et précis
C’est donc sur ce territoire défini que Jean-Marie Pérouse de Montclos a puisé les éléments d’une histoire délimitée dans le présent volume aux années 1450-1770 – le second tome traitera des années 1770 à 1950, avec un épilogue consacré au cinq dernières décennies, tandis que le dernier s’attachera à la préhistoire, à l’Antiquité et au Moyen Âge. Brosser une histoire aussi vaste est toujours une gageure, mais l’auteur offre ici un texte clair et précis. Ce spécialiste de l’architecture, qui a assumé pendant vingt ans la responsabilité scientifique de l’Inventaire général des monuments et richesses de la France, livre naturellement de longs développements sur l’histoire des bâtiments de France, édifices religieux ou civils. Les illustrations y sont abondantes et remarquablement reproduites, tout comme les nombreuses gravures et plans qui viennent enrichir le propos.
Les chapitres consacrés aux arts décoratifs, à la sculpture ou à la peinture sont également richement illustrés, comme cette reconstitution du Diptyque de Melun (1452-1455) de Jean Fouquet, aujourd’hui partagé entre Berlin (Staatliche Museen) et Anvers (Musée royal des beaux-arts). La somme ici proposée ne rend qu’un peu plus impatient le lecteur de découvrir les deux prochains volumes de cet Art de France de Jean-Marie Pérouse de Montclos.

Jean-Marie Pérouse de Montclos, L’Art de France, éditions Mengès, 496 p., 199 euros, ISBN 2-8562-0439-2.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°202 du 5 novembre 2004, avec le titre suivant : La France au sens large

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