Mercredi 17 octobre 2018

Mécénat

Par Marie Maertens · L'ŒIL

Le 1 février 2004 - 831 mots

L’exposition « Pingyao » à Paris, présentée actuellement au MK2 Bibliothèque (cf. pp. 70-72), a été rendue possible grâce au soutien des trois sociétés Alcatel, L’Oréal, MK2. Portraits de trois mécènes.

 Caroline Mille
Directrice de la communication depuis huit ans, Caroline Mille dirige chez Alcatel l’opération de partenariat qui soutient le festival de Pingyao depuis deux ans. À l’origine de cet engagement, le fait que la Chine soit, à partir de 2001, un pays fortement stratégique pour le groupe et le développement de la photographie comme partie prenante des offres de télécommunication. « Pendant de nombreuses années, les télécoms ont véhiculé de la voix, puis apparurent des données et à présent la photographie devient un véhicule de communication au même titre que la parole. Il y avait une combinaison intéressante à réaliser entre notre métier et ce médium. » La photo permet également de passer outre la barrière du langage, un facteur primordial pour ce groupe implanté dans cent vingt pays. « Mais il est important de souligner que nous ne sommes pas là uniquement pour donner un chèque. Nous travaillons en amont à la réalisation concrète des expositions avec l’équipe des commissaires. » Dansles projets à venir, une manifestation « Paris à Shanghai » présentera en Chine trois générations de photographes français puis le groupe se tournera vers la photographie et l’Europe centrale, en relation avec l’ouverture de la communauté européenne vers les pays de l’Est. Alcatel a également soutenu « Shanghai d’hier et de demain », au musée Carnavalet (cf. pp. 73-75), ainsi que Demain Shanghai, l’ouvrage de Marc Riboud. Ce dernier avait d’ailleurs initié Caroline Mille à la photographie dix ans auparavant et comme elle le note avec humour « il existe de pires maîtres ! »

Nicole Poinso
Directrice des partenariats et du mécénat chez L’Oréal, Nicole Poinso évoque avec engouement le soutien au festival de Pingyao. L’initiative en revient à Paolo Gasparrini, président de L’Oréal en Chine, qui, en s’implantant dans ce pays, n’a pas voulu y faire que du business. « L’idée était de s’inscrire dans la ville tout en apportant une contribution à la culture chinoise car il est impossible de s’installer dans un pays sans apporter un plus par rapport à l’activité commerciale. » L’usine étant construite à Suzhou, le groupe décide de participer à la réhabilitation des jardins de la ville, soutient en 1997 l’exposition « De Pékin à Versailles » du musée Guimet, « Les 60 ans de rétrospective de Zao Wou-Ki » dans plusieurs villes chinoises durant 1998, avant d’être partenaire du festival de Pingyao en 2002. « L’exposition de Zao Wou-Ki avait déjà eu de nombreux retentissements en Chine dans la mesure où une société française s’intéressait à la culture chinoise à travers un peintre qui n’avait jamais exposé dans son pays d’origine. Cela nous a permis de nous rapprocher des institutions locales et de nous faire connaître du grand public. » Et bien que la stratégie principale de L’Oréal consiste à développer une action pour la promotion des femmes de sciences, d’autres initiatives culturelles sont mises en place telles que le soutien au festival de Baalbeck depuis la création de la filiale libanaise ou le prix de l’Art contemporain espagnol, remis chaque année à Madrid. Ces projets étant formulés par les directeurs des filiales, il ne reste plus qu’à leur souhaiter d’avoir de nombreuses idées !

Nathanaël Karmitz
On ne présente plus son père – Marin, fondateur de MK2 –, il faut désormais compter sur le fils, au parcours déjà bien rempli. À l’âge de quinze ans, alors qu’il monte une société de communication pour les jeunes, l’un de ses premiers clients lui commande un événement sur le cinéma. Il conçoit alors le prix Kieslowski, un concours de scénarios de courts-métrages et réalise ses premières productions. En 1996, à dix-huit ans, il fait ses premiers pas chez MK2, en débutant à l’exploitation des salles avant de basculer à la création et à l’exploitation des restaurants. Il met alors en place le MK2 Project Café, où sont diffusées des vidéos d’art : « C’était le début des passerelles entre l’art et le cinéma, un grand test et une préfiguration du MK2 Bibliothèque. » Le partenariat avec la photo dans lequel s’engage à présent la société découle de cette expérience avec néanmoins un petit recentrage dû au constat que ce médium se rapproche davantage des cinéastes. « Quand on travaille avec un réalisateur comme Kiarostami, qui fait aussi beaucoup de photos, on s’aperçoit de la promiscuité des univers, bien plus qu’avec l’art vidéo. » Loin de s’arrêter là, il a lancé la filiale DVD de MK2 Éditions, puis MK2 Music qui promeut des musiques électroniques comme le groupe Troublemakers ou des musiques du monde et s’intéresse pour l’année prochaine à l’édition de livres d’art. Étant devenu cinéphile en regardant petit en boucle King Kong et tous les Chaplin, avant de se pencher sur les films d’auteur, Nathanaël Karmitz en a développé une idée du cinéma éclectique et surtout une grande curiosité.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°555 du 1 février 2004, avec le titre suivant : Mécénat

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