Ruée vers le design

L'ŒIL

Le 14 janvier 2008

Salle comble et ambiance électrique pour la vente de design 1950-2000 qui s’est tenue à l’hôtel Drouot fin mars. On piaffait devant les portes closes, chuchotis à l’oreille et regards glissés en coin, alléchés par un catalogue flatteur. Plus de 200 pièces de mobilier, luminaires et objets figuraient au menu, parmi lesquelles quelques icônes et d’importants ensembles de Charlotte Perriand, Mathieu Mategot et, surtout, de Gaetano Pesce, présentés de manière chronologique. Une vente qui a démarré très fort et a réservé quelques surprises. De Buffet, éditions Mathieu, 1950, une très belle paire d’appliques « conches » en métal laqué noir et blanc, estimée entre 1 500 et 2 000 euros, est adjugée à 3 600 euros en un temps record. Apparaît le lampadaire simple de Serge Mouille, 1953, estimé entre 7 500 et 9 000 euros, qui atteint très vite les 12 000 euros. Frémissements dans la salle, puis les acheteurs par téléphone – majoritairement américains et allemands – creusent l’écart et l’emportent à 17 000 euros. Toujours de Mouille, une lampe « trépied » en métal laqué, estimée entre 4 500 et 6 000 euros, présentée en trois exemplaires, a été vendue 16 500, 18 000, 18 500 euros. Pourtant, les acheteurs ont boudé les vases et les tables en céramique de Roger Capron, de Vallauris, restés dans la fourchette basse d’une estimation peut-être un peu optimiste. C’est d’ailleurs le cas de la majorité des pièces proposées, toutes périodes confondues et même pour des grands noms du design comme Jean Lurçat, Prouvé, Mathieu Mategot, les Eames, Ron Arad ou Pesce. L’escalier hélicoïdal de Roger Tallon, de 1966, en version métal laqué marron d’origine, a été vendu 4 300 euros (estimation 4 500/6 000), le fauteuil « tube » de Joe Colombo, 1969, à 5 500 euros (estimation 6 000/9 000), la chaise Pi de Martin Szekely, 1984, à 3 800 euros, le canapé Rover de Ron Arad, 1981, à 6 000 euros (estimation 9 000/11 000). Quelques exceptions notables : une splendide bibliothèque en bois naturel et métal laqué noir et blanc, de Charlotte Perriand, sortie des ateliers Jean Prouvé, mise à prix à 15 000 euros a été adjugée, par téléphone, à 51 000 euros. Une lampe articulée en verre dépoli et métal cuivré, de Jean-Pierre Vitrac, 1976, s’est envolée de 1 500 à 7 600 euros. Le canapé Tramonto à New York de Gaetano Pesce, 1979, a été adjugé 14 000 euros, une paire de fauteuils I Feltri, 1987, à 2 500 euros, les huit chaises Broadway multicolores, 1995, 2 600 euros. « Super, super, exulte maître Cornette de Saint Cyr, commissaire-priseur, à l’issue de la vente. Les collectionneurs qui ont acheté sont les mêmes que pour la peinture et la sculpture. C’est d’ailleurs ainsi que je présente le design, je défends des créateurs. Ceux des années 50 sont déjà lancés, Charlotte Perriand fait partie des premiers prix importants à avoir été atteints. Nous voulions établir le design des années 60, 70 et 80 comme valeur de collection. Et là, c’est parti ! » Vérification lors de la prochaine vente, en juin, au même endroit.

- PARIS, hôtel Drouot, 25 mars.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°536 du 1 mai 2002, avec le titre suivant : Ruée vers le design

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