Mercredi 14 novembre 2018

L’œil d’un photographe

René-Jacques, grand reporter de l’industrie

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 7 février 2003 - 612 mots

La galerie Françoise Paviot présente un ensemble inédit de photographies de reportages industriels de René-Jacques de la fin des années 1930 aux années 1950. L’artiste dévoile une sensibilité particulière dans l’interprétation de ces travaux de commande qui ont marqué sa carrière.

PARIS - Si le nom de René-Jacques évoque certainement des images de la capitale française publiées dans des œuvres littéraires, à l’instar d’Envoûtement de Paris, de Francis Carco (1938), le photographe dont la renommée date surtout d’après guerre s’est illustré dans de multiples travaux, comme le portrait, la publicité, le cinéma ou le reportage industriel.
La galerie Françoise Paviot, à Paris, nous fait aujourd’hui revivre ce dernier aspect de son œuvre, dans lequel il a excellé comme artiste. Sont montrés principalement deux travaux de commande, d’une part pour le constructeur Bugatti en 1938, d’autre part, pour la régie nationale des usines Renault en 1951. À l’aise dans le paysage citadin et industriel, le photographe avait été contacté par le chef de la publicité de la régie pour saisir l’empire Renault. Pour ce projet de campagne de promotion de grand prestige pour la marque, une dizaine d’autres photographes dont Doisneau, Ronis et Brassaï, ont été également sollicités. Sans garantie de publication, ils travaillent tous librement mais en concurrence. In fine, L’Automobile de France publiera, sans crédit photographique détaillé, 210 images. Sur cette plaquette publicitaire, René-Jacques reconnaît 47 de ses prises de vue. Grâce à ce travail, il obtiendra plusieurs contrats de reportage pour des sociétés industrielles.

Atmosphères industrielles
À Boulogne-Billancourt, il choisit de commencer sur la chaîne des 4 CV. Ses images – accumulations de voitures, de portières, de pneus – sont étonnantes. La profondeur de champ à travers la vitre d’une portière ouverte dévoile une perspective magnifiée par la perfection technique. Pour cela, il utilise de grands formats et place flashes et projecteurs de manière à équilibrer les lumières ambiantes sur le site. Attiré par les secteurs des machines, René-Jacques s’est beaucoup attaché à l’atmosphère qui régnait à l’intérieur des usines et moins au contexte humain. Ainsi, quelques clichés symbolisent par une pluie d’étincelles la ferraille en fusion. Le résultat de ce reportage est particulièrement sensuel. Quelques-unes de ces épreuves, dépassant leur statut d’origine, comptent parmi le meilleur de ses réalisations. Le photographe se souvient de directeurs d’usine qui, dubitatifs, lui demandaient : “Pourquoi prenez-vous ça ? C’est sans intérêt...” À quoi il répondait : “Ne vous inquiétez pas. C’est pour moi.”
Le travail sur Bugatti relève d’une commande plus contraignante de mise en valeur de quelques pur-sang de l’automobile : un coupé Atalante 2/3 places avec un châssis de type 57S, un cabriolet décapotable Stelvio, 4 places/2 portes, avec un châssis de type 57, ou encore un modèle 2 places/2 portes sur un châssis de type 57S avec une carrosserie Atlantic. Le photographe s’est davantage distingué dans les prises de vue résolument modernes de pièces de moteur, qu’il s’agisse des images de moteurs entiers, de fabrication de boîtes de vitesse, de pièces de transmission arrière, arbres à came, soupapes, bielles, pistons. Le plus beau cliché reste celui d’un vilebrequin entouré de ses copeaux d’acier extraits du matériau brut.
La galerie Françoise Paviot expose ainsi une quarantaine de photos inédites de René-Jacques tirées de reportages industriels avant et après la Seconde Guerre mondiale. Le prix moyen d’une image 24 x 30 cm n’excède pas 4 000 euros. Outre la sélection présentée sur les cimaises, il est possible de voir un choix supplémentaire de photographies de René-Jacques rangées dans des boîtes à la galerie.

RENÉ-JACQUES, LE BALLET MÉTALLIQUE

Du 15 février au 4 avril, galerie Françoise Paviot, 57 rue Sainte-Anne, 75002 Paris, tél. 01 42 60 10 01, du mardi au samedi 14h30-19h, www.paviotfoto.com

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°164 du 7 février 2003, avec le titre suivant : L’œil d’un photographe

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