Lundi 16 septembre 2019

Les Trésors de l’ombre au musée des beaux-arts de Rouen : la découverte d’un XVIIIe siècle d’art graphique

Par Mathilde Recoing · lejournaldesarts.fr

Le 23 décembre 2013 - 663 mots

ROUEN [23.12.13] – Du 22 novembre 2013 au 24 février 2014 le musée des beaux-arts de Rouen, dans Les Trésors de l’ombre porte à la lumière sa collection d’art graphique dans une exposition consacrée aux dessins du XVIIIe siècle.

Les collections rouennaises, très riches en ce qui concerne le XVIIIe siècle n’avaient pourtant jamais fait l’objet d’une exposition ni de publication spécifique. C’est ce que se propose de faire l’exposition les Trésors de l’ombre, qui présente dans les salles d’exposition temporaire un ensemble de 150 feuilles, provenant de son fonds propre et de celui de la Bibliothèque municipale.

L’exposition se veut également être un témoignage de l’approche scientifique du métier de conservateur et d’historien d’art. L’important travail de recherche réalisé pour l’événement a donné lieu à la publication d’un catalogue d’exposition qui se veut un ouvrage de référence, où chacune des œuvres est reproduite accompagnée d’une notice détaillée. Cette démarche verra son aboutissement dans la mise en ligne d’un millier de dessins français du XVIIIe conservés au musée, en 2014-2015.

La particularité de cet ensemble d’art graphique est de s’être constitué principalement par des donations, dont la très complète collection Baderou. N’ayant pas fait l’objet d’une politique d’acquisition muséale, la collection présente une physionomie très personnelle où se côtoient chefs-d’œuvre et pièces plus atypiques. Faisant la part belle aux artistes rouennais, l’exposition n’est pas avare en chefs-d’œuvre, de Watteau à David, en passant par Boucher, Fragonard ou Hubert Robert, qu’elle met en valeur à travers un parcours thématique et chronologique, où les pointes d’argents et les sanguines s’égayent aux côtés de gouaches, pastels et aquarelles.

À travers sept salles, se déploie un ensemble assez complet des différentes fonctions du dessin au XVIIIe siècle, de l’esquisse préparatoire aux paysages de plein air, du portrait aux modèles de bataille. Les premières salles font la part belle aux dessins préparatoires : études de composition (La dédicace du temple de Salomon, Jean II Restout), répertoires de motifs (Projet de plafond de Nicolas Bertin), et de figures (Études de têtes et de mains, Watteau), donnent à voir le processus qui aboutit à une toile finie.

Au fil des salles on découvre une belle sélection d’œuvres d’Hoüel, qui met en avant les connexions que l’artiste entretenait avec le milieu scientifique (dessins de grottes, de minéraux) ; de très nombreux dessins de paysage, réalisés en plein air, témoignages de réalités citadines et campagnardes que nous ne connaissons plus (Vue des carrières de Ménilmontant, Wille). Les portraits forment un ensemble varié, de pastel (Autoportrait, Vigée-Lebrun, 1701), et de dessins, dont une Tête de petite fille de Greuze présentée en regard de sa contre-épreuve et de sa copie. Rarement visibles en même temps, ces trois types de dessin nous instruisent de l’importance de la reproduction dans la formation des artistes, mais également sur la diffusion des modèles célèbres par les productions d’ateliers.

Enfin, le motif de la ruine est particulièrement bien représenté. Ce nouveau motif pictural et onirique, ramené par les visions archéologiques des artistes lors de leur tour d’Italie et de Grèce, trouve dans le dessin un support facilement transportable lui permettant de s’émanciper.

La présentation de cet ensemble fragile, car l’exposition de dessins à la lumière répond à des exigences strictes de conservation, et méconnu du grand public porte ainsi bien son nom de Trésors de l’ombre. Le musée des beaux-arts de Rouen réussi à produire un événement de qualité tout en affirmant son rôle dans la mise en valeur de ses collections permanente. À cette fin se tient en parallèle la deuxième édition du Temps des collections, qui invite une personnalité de monde de la création, cette année Olivia Putman, à investir et mettre en scène ses collections.

Ces deux événements se proposent d’être les porte-paroles d’« musée pensé comme une ouverture, au contraire d’un replis sur soi », selon les mots du conservateur et directeur Sylvain Amic, ainsi qu’une réaction intéressante au dictat événementiel imposé par les grandes expositions à rayonnement international qui rythment désormais le calendrier muséal.

Légende photo

Affiche de l'exposition Les trésors de l’ombre, chefs-d’œuvre du dessin français du XVIIIe siècle. Collections de la ville de Rouen - 22 Novembre 2013 - 24 Février 2014 - Musée des beaux-arts de Rouen

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