Mercredi 27 janvier 2021

Les favelas de Rio : une exposition et un film

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Le 5 septembre 2008 - 412 mots

RIO DE JANEIRO (BRESIL) [05.09.08] - Le 14 août 2008, le Morro da Providência, favela historique de Rio de Janeiro, s’est réveillé transformé. Des portraits de femmes, cadrages serrés, étaient placardés sur les murs des habitations. La mort dans les yeux...

Situé à proximité du principal quartier d’affaires, ce bidonville n’avait auparavant jamais attiré le regard des passants. Le responsable de la métamorphose s’appelle JR. Ce photographe français de 25 ans, qui définit son travail comme celui d´un « artiviste » (néologisme mélangeant les termes artiste et activiste) a réalisé une série de portraits des habitantes de ce quartier connu pour sa violence.

Mais ses photographies ne sont pas sorties du lieu où elles ont été prises : JR les a en effet collées sur les façades extérieures des maisons, faisant de la favela un musée à ciel ouvert. Il rend ainsi un hommage singulier à ces femmes qui ont pour la plupart perdu des proches lors des affrontements entre les narcotrafiquants et les forces de l´ordre, ou entre les différents gangs.

Il en est ainsi de Benedita Florêncio Monteiro, dont le portrait a recouvert un grand escalier de Providência : cette grand-mère de 68 ans a perdu son petit- fils. Arrêté pour un simple contrôle avec deux amis, il avait été délibérément déposé par les militaires dans la favela rivale et, ainsi, condamné à une mort certaine.

Hasard du calendrier, à cette vision humaniste de la population des favelas s´oppose la vision polémique de José Padilha, réalisateur de Tropa de Elite, film primé à Berlin et sorti en France mercredi 3 septembre. Dans ce film, qui prend le point de vue d´une section spéciale de la police de Rio chargée de la lutte contre les trafiquants de drogue, la favela apparaît à travers le viseur d´un fusil d´assaut comme un champ de bataille, un univers sombre et dangereux, au point d’oublier que de nombreuses personnes y vivent. Quand les photographies de JR donnent à voir le visage des victimes des affrontements, José Padilha se plaît donc à filmer avec une esthétique que certains trouvent douteuse.

JR force les habitants de Rio à regarder les visages des habitantes d´un quartier déconsidéré. Ce faisant, il les rend dignes d´être vues, offrant à ces femmes la dignité que la société leur refuse. Sans doute fallait-il un regard étranger pour que ces personnes captent l´attention de leurs concitoyens. Fût-ce le temps d´une exposition...
(Sources : G1 / Women are heroes / Folha Online / Libération)

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