Dimanche 29 novembre 2020

Illustration

Les effeuillages d’Éric Gosselet

Par Gérald Guerlais · L'ŒIL

Le 29 août 2017 - 345 mots

Si Vous êtes usagère du RER E parisien, peut-être êtes-vous une muse qui s’ignore ? Plongé dans l’anonymat de la foule, un observateur a sans doute déjà repêché votre ligne à l’encre de son stylo.

Qui sait si votre double graphique vit dans un des nombreux carnets moleskine de l’illustrateur-réalisateur Éric Gosselet, plus connu sous le pseudonyme de Mister EGG. Ce collecteur d’amazones citadines, de silhouettes tantôt graciles tantôt callipyges n’est jamais repu. Il capture les fugitives beautés et opère depuis longtemps dans son cabinet de curiosités ambulant ses greffes et griffonnages. Curieux d’explorer sa grammaire graphique et d’en maîtriser le moindre accent, l’étudiant des années 1990, inspiré et fasciné par Lautrec, Van Dongen et Blutch, essaime, à la sortie du baccalauréat, les beaux-arts de Reims, puis ceux d’Épinal, achevant sa formation au CFT des Gobelins. Il cultive depuis lors une obsession raisonnable, puisque essentiellement esthétique, pour la sensualité de la gent féminine fugace. Incartade à son règlement : quelques bestioles improbables. Les galeristes patients comme Arludik, Maghen et Nucleus ont su ponctuellement honorer le prolifique athlète du trait ces dix dernières années. De rares éditeurs (Le Chêne, Milan) ont capturé certaines de ses créatures. L’époque, épaulée des réseaux sociaux, sonne le glas des intermédiaires et des contraintes éditoriales trop souvent castratrices. L’artiste opère ainsi en direct, accessible via son blog et sur sa page Facebook. C’est un phénomène viral, comme le confirme le succès de ses saillies graphiques. Gosselet s’offre le luxe d’être rare dans le circuit traditionnel d’exploitation, mais adoubé sur la toile. L’artiste n’est soumis qu’à sa passion sincère, à son authentique boulimie de dessins, à son crayon libidineux, à son insatiable exercice de style quotidien. Tandis que de trop nombreux artistes s’époumonent à faire savoir plutôt qu’à savoir faire en cultivant un buzz à force de tweets, Gosselet nourrit un public averti avec parcimonie. Ainsi le résultat de ses raids est-il visible du 2 au 10 septembre 2017 dans une galerie éphémère sans nom, au 1, rue Boutebrie à Paris (5e arrondissement). Et, bien entendu, sur Internet. Qui l’aime l’y suive.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°704 du 1 septembre 2017, avec le titre suivant : Les effeuillages d’Éric Gosselet

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