Mercredi 20 novembre 2019

Le propriétaire d’un palace zurichois aux allures de musée soupçonné de fraude fiscale relative à une importation massive d’œuvres d’art

Par Alexandra Houël · lejournaldesarts.fr

Le 10 décembre 2013 - 477 mots

ZURICH (SUISSE) [10.12.13] – L’administration fédérale des douanes suisses a mis en cause le propriétaire du palace zurichois « Dolder Grand », dans une affaire de fraude fiscale relative à l’importation d’œuvres d’art de plusieurs dizaines de millions d’euros. Des perquisitions ont été menées dans l’hôtel, qui expose les œuvres, mais aussi dans la galerie Gmurzynska, soupçonnée d’avoir assisté l’homme dans son entreprise d’évitement fiscal.

Si la fraude fiscale dont est accusé le propriétaire du palace cinq étoiles « Dolder Grand », Urs E. Scharzenbach, est avérée, ce serait l’une des plus importantes relativement à l’importation d’œuvres d’art en Suisse, selon le Sonntagzeitung, qui a dévoilé l’affaire le 8 décembre 2013.

L’hebdomadaire a révélé que l’administration fédérale des douanes suisses (AFD) avait lancé une procédure pénale à l’encontre d’Urs. E Schwarzenbach, et qu’elle avait notamment perquisitionné l’hôtel, qui expose des dizaines de chefs-d’œuvre d’art moderne et contemporain.

L’homme d’affaires, dont la fortune est estimée entre 1,5 et 2 milliards d’euros, est soupçonné d’avoir importé quarante-cinq œuvres d’art d’une valeur totale de 60 millions d’euros, sans les avoir déclarées, et donc sans avoir réglé, lors de l’importation, la taxe sur la valeur ajoutée. Cet évitement fiscal aurait été rendu possible grâce à l’intervention de la galerie Gmurzynska, qui aurait importé les œuvres en franchise d’impôt grâce à son statut de marchand d’art, pour le compte du milliardaire. Près de 5 millions d’euros auraient ainsi échappé au fisc suisse.

Oliver Brand, responsable des affaires pénales de l’AFD, a confirmé le 9 décembre 2013 l’affaire et déclaré à l’Agence Télégraphique Suisse (ATS) que les enquêteurs avaient bien « effectué une perquisition de recherche le 16 avril à l’hôtel à Zurich » et que l’enquête se poursuivait. Il serait question également de la création d’une société fictive, et de l’émission de fausses factures, qui auraient permis de mener à bien la fraude.

Lorsqu’il avait décidé d’accrocher ces œuvres d’art dans son hôtel, le milliardaire suisse voulait le rendre plus attractif. L’établissement traversait une crise, qui n’avait pu être résorbée malgré les grandes opérations de rénovation entreprises. L’hôtel connaissait en 2008 une baisse du taux de ses réservations. L’opération marketing d’accrochage d’œuvres d’art avait contribué à dynamiser la demande, puisque les clients avaient dès lors afflué, selon le Sonntagzeitung, d’autant plus que qu’ils pouvaient s’en porter acquéreurs s’ils le souhaitaient.

« Nous sommes fiers de cette exposition unique, qui rivalise avec les grands musées » a précisé dans un communiqué le représentant d’Urs E. Schwarzenbach. Les clients de l’hôtel peuvent notamment admirer des œuvres d’Andy Warhol, de Henry Moore ou de Joan Miro. « Quant à la procédure douanière, nous sommes convaincus que nous avons toujours agi correctement » a-t-il ajouté. Ils collaboreraient étroitement avec les enquêteurs, afin de mieux dissiper les soupçons qui pèsent sur les montages dont ils sont accusés.
L’enquête devrait être bouclée au cours du deuxième semestre 2014.

Légende photo

L'Hôtel Dolder de Zürich - © Photo Flyout - 2008 - Licence CC BY-SA 3.0

En savoir plus sur la Galerie Gmurzynska

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