Vendredi 19 octobre 2018

Arts extra européens

Le Parcours des mondes 2016 rassure le marché

Par Marie Potard · lejournaldesarts.fr

Le 12 septembre 2016 - 764 mots

Malgré un climat peu propice à la venue des collectionneurs, ils furent nombreux à arpenter les allées de la 15e édition du Parcours des mondes et à être séduits par les pièces offertes par les 80 marchands.

PARIS - Depuis quinze ans, les spécialistes et amoureux des arts non européens se donnent rendez-vous au début du mois de septembre à Paris pour admirer masques africains, effigies d’ancêtres et autres statuettes ou objets d’art tribal venus d’Afrique, Océanie, Amérique du Nord et depuis deux ans maintenant, d’Asie. Pour cette édition, le Parcours, qui a fermé ses portes le 11 septembre, a su séduire cette fois encore par la diversité des œuvres proposées.

S’il subsiste quelques inégalités concernant la qualité des exposants ainsi que quelques « parasites » qui brouillent parfois les pistes, la manifestation rassemble ce qu’il y a de meilleur en la matière avec des expositions thématiques d’envergure. Et s’il y a des disparités au niveau des prix, « ce n’est pas un problème car il en faut pour toutes les bourses. Tout le monde ne peut pas acheter chez Donald Ellis ! », notait un visiteur. Ce marchand new-yorkais exposait de l’art indien ancien d’Amérique du Nord de toute beauté.

Une rare collection de fétiches Bakongo
La galerie Abla et Alain Lecomte a fait sensation avec son exposition « Bakongo. Les Fétiches » qui a nécessité plus de vingt ans de travail. « Ça se passe très bien et la qualité de notre exposition fait l’unanimité ; même les confrères nous félicitent, ce qui est assez rare dans la profession. » Les marchands ont vendu une dizaine de pièces, mais constatent que « les gens réfléchissent avant d’acheter ». Alain Lecomte précise : « Il y a deux types d’acheteurs, ceux qui dépensent sans réfléchir 50 000, 60 000 ou 100 000 euros et ceux qui hésitent. »

Dans la catégorie expositions thématiques, Serge Schoffel (Bruxelles) a réuni, entre autres onze Gope du Golfe de Papouasie, à tort assimilés à des boucliers. « Accrochés dans la maison des hommes ces objets ont une valeur symbolique. Ce sont des emblèmes claniques et totémiques », explique-t-il. Il les proposait entre 7 000 et 45 000 euros et en a vendu quelques-uns. Dans le grand espace qu’il occupait, le spécialiste montrait aussi un poteau Maori daté au Carbone 14 du XVIe siècle, donc de période « pré-contacts » avec les occidentaux, ainsi qu’un masque du Cameroun (autour de 150 000 euros) et un masque Igbo, Nigéria (proposé à 75 000 euros).

Acheteurs à deux vitesses

« Je pensais qu’avec les attentats et le climat qui règne en ce moment, le Parcours serait en perte de vitesse, mais ce n’est finalement pas le cas. Les gens sont très enthousiastes. Cependant, hormis les marchands qui savent ce qu’ils font quand ils achètent et les gens aisés, le client lambda réfléchi avant de débourser 10 000 euros. Parfois même, il renonce, par prudence », expliquait  le marchand, qui constatait par ailleurs un surplus de visiteurs par rapport à l’an passé.

Pierre Moos, président de l’événement, était quant à lui très satisfait de l’édition. « Ca a très bien marché ! Même les Américains sont venus et ont acheté des pièces très importantes. J’avais très peur que les gens ne se déplacent pas, mais il y a des points rouges partout. Les marchands font de gros efforts pour garder leurs pièces phares pour le Parcours. Ils les conservent parfois pendant des années. D’ailleurs, certains d’entre eux réalisent 60 % de leur chiffres d’affaires en trois jours ».

Particulièrement bien accueillie, l’exposition « Hair » de Yann Ferrandin consacrée aux parures pour cheveux a frappé les esprits, comme celle de Laurent Dodier réunissant 41 objets en pierre issues de l’Amérique précolombienne, balayant 3 000 ans d’histoire depuis 1 500 av. J.-C. jusqu’à la fin de la période Aztèque au XVIe siècle, période représentée par une déesse maïs vendue 65 000 euros. « Je regrette que tous les marchands ne fassent pas une exposition thématique », a-t-il glissé. Serge Le Guennan avait pris le parti de présenter ses objets dans un salon de collectionneur. « C’est une façon de montrer autrement les choses et de sortir de la boîte d’aspirine avec l’objet posé sur un socle et le spot qui vient l’éclairer », a expliqué la galerie qui présentait des œuvres d’Asie et d’Afrique, ainsi que de l’art contemporain pour des prix allant jusqu’à 90 000 euros avec quelques ventes au compteur.

Certains marchands et quelques visiteurs ont regretté que les arts d’Asie soient mêlés à la manifestation. « Cela fait trop de monde. Les marchands dans cette spécialité devraient organiser leur propre événement à un autre moment », confiait un visiteur. Pourtant, les marchands d’arts asiatiques étaient satisfaits de leur sort. « Beaucoup de mes clients achètent de l’art africain », expliquait Frédéric Rond (galerie Indian Heritage) qui exposait de nombreux masques himalayens. « C’est ce que je vends le plus », confiait-il (entre 8 000 et 30 000 euros).

Légende photo

Dondo-Kamba, Congo-Brazzaville, milieu du XIXe siècle, 70 cm, récolté par Charles Perdrizet en 1890, ancienne collection Raoul Lehuard. © Archives Alain Lecomte. Photo : Paul Louis.

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