Samedi 17 novembre 2018

Le Mac de Lyon, un musée pas comme les autres

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 mars 2003 - 904 mots

Dix-huit ans ! Le musée d’Art contemporain de la Ville de Lyon souffle cette année dix-huit bougies : l’âge de la majorité.

À divers titres, l’aventure entamée en 1983 par Thierry Raspail (cf. p 35) et Thierry Prat est exemplaire. Par la permanence de ses dirigeants à la tête de l’établissement, par la persistance d’une politique axée sur la production d’œuvres, par la pertinence d’une programmation soucieuse de décortiquer ce qui fonde le concept d’art contemporain, par ce soin enfin de mettre en valeur une création qui s’applique à être au plus près de la vie, de ses questionnements et de ses modes d’expression. Il faut le dire et le répéter : le musée d’Art contemporain de la Ville de Lyon n’est pas un musée comme les autres. Non qu’il cherche à tout crin à se démarquer ou à se donner une image originale mais il est le fruit d’une véritable réflexion sur la façon dont l’art, depuis les années 1960, a participé ou s’est fait l’écho de la transformation de la société. À cet égard, il s’inscrit de manière critique – au sens le plus fort du mot – dans le contexte du politique, de l’économique et du culturel.
Installé pendant plus de douze ans dans les locaux du palais Saint-Pierre, le Mac de Lyon dispose, depuis 1996, de ses propres murs dans un ancien bâtiment magnifiquement rénové par Renzo Piano, en bordure du quai de Saône, à deux pas du parc de la Tête d’or, et qui réunit diverses structures culturelles. Établi sur trois étages, le musée y bénéficie d’espaces vastes et lumineux qui lui permettent tout à la fois de faire valoir la richesse de ses collections et de développer un programme d’expositions temporaires. Ce programme propose soit des expositions au propos historique, soit des visions prospectives. Riche d’une collection très singulière – faite pour l’essentiel d’œuvres qui se présentent chacune comme un « monde en soi » dans l’intelligence de ce que l’on appelle volontiers une « œuvre d’art total » –, le musée de Lyon lui consacre 1 500 m2 de ses locaux dans une présentation régulièrement renouvelée.
Pour prendre la mesure de la spécificité de cette collection, qui a été constituée de toutes pièces à partir de 1984, il n’est pas inutile de rappeler que la première œuvre acquise fut l’ultime Ambiante Spaziale réalisée par Lucio Fontana en 1967. Caractéristique du parti pris « d’art extrême » que Thierry Raspail a souhaité pour l’institution lyonnaise, l’œuvre de l’Italien propose de vivre une fiction d’espace infini, avec la lumière dans le rôle principal, laissant à notre seule expérience le soin de nous orienter. Dans cette qualité d’intention, sous le titre abrégé de L’Art Mol et Raide, l’œuvre éponyme d’Erik Dietman, à partir de laquelle l’accrochage actuel a été pensé autour du continent Fluxus avec Robert Filliou (dont le musée dispose, en dépôt, de la collection Van Lierde), George Brecht et John Cage, vise à traduire quant à elle une réflexion critique sur l’acte créateur et sa réception. En plus de tels partis pris extrémistes, le Mac s’est fait une sorte de spécialité de la production d’œuvres, à l’occasion des expositions temporaires et de la Biennale. Il en est ainsi, notamment, dans les domaines de l’image mobile et du son : en 1990, le Mac a produit Sans titre, le film 35 mm de James Coleman ; en 1993, Tiny Deaths de Bill Viola ; en 1995, il a acquis Intro-act, une œuvre interactive de Sommerer et Mignonneau ; tout récemment, enfin, le chef-d’œuvre de Laurie Anderson, intitulé Handphone Table, qui permet au public d’entendre la musique de Laurie émanant d’une table grâce aux qualités conductibles des os du coude. Parce qu’elles appartiennent pour la plupart à cette catégorie de travaux qui vont de l’environnement à l’installation, les œuvres du musée d’Art contemporain de la Ville de Lyon se présentent comme des dispositifs souvent fort complexes qui en appellent au montage et à l’arrangement d’éléments variés. Elles réclament en conséquence un conditionnement spécifique, souvent laborieux, exigeant le plus souvent une présentation individuelle dans une salle particulière. De Fontana à William Kentridge, en passant par Bruce Nauman, Ilya Kabakov, Ange Leccia, Françoise Quardon, Jean-Luc Parant, James Turrell, Robert Morris (dont le musée possède un ensemble remarquable), Alvin Lucier, le collectif Dumb Type, etc., la Ville de Lyon peut s’enorgueillir de posséder une collection vraiment originale. Au programme des manifestations temporaires, on peut voir actuellement au Mac de Lyon une exposition de la Coréenne Kim Sooja (jusqu’au 20 avril) faite de projections de performances filmées et d’une installation qui occupe tout le troisième étage. Composée de bojaghi, tissus traditionnels aux couleurs vives et aux motifs symboliques disposés en étendages multicolores comme du linge que l’on met à sécher, l’installation détermine un espace d’une grande sérénité dans lequel le spectateur est invité à déambuler, bercé par la musique de moines tibétains. Le musée comme carrefour des cultures du monde, c’est aussi la mission que s’est donnée l’institution lyonnaise.

Les expositions

- « Kim Sooja » du 5 février au 20 avril. - « L’art mol et raide... » du 18 octobre au mois d’août. Plein tarif : 3,80 euros ; tarif réduit : 2 euros ; gratuit pour les moins de 18 ans. Musée d’Art contemporain de la Ville de Lyon, 81 cité internationale, 69006, Lyon, tél. 04 72 69 17 18 (accueil), 04 72 69 17 19 (service des publics, visites, animations). www.moca-lyon.org

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°545 du 1 mars 2003, avec le titre suivant : Le Mac de Lyon, un musée pas comme les autres

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