Mardi 11 décembre 2018

Le carnaval de Rio : vertige des chiffres et de l’absence de chiffres

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Le 12 février 2013 - 704 mots

RIO DE JANEIRO (BRESIL) [12.02.13] – Le carnaval de Rio a commencé officiellement vendredi 8 février. Nombre de participants, budget municipal ou recettes des défilés, les chiffres parfois discutables et souvent incomplets donnent néanmoins une idée de la folie de l’événement. Tour d’horizon budgétaire de la plus grande fête du monde.

Du vendredi midi au mercredi des cendres, le Brésil redonne au carnaval ses plus antiques vertus cathartiques, transgressives, ironiques, lors d’une fête dont l’ampleur (aussi) laisse sans voix. Point d’orgue de l’année culturelle et touristique à Rio, le carnaval est aussi d’un point de vue artistique le symbole de l’hégémonie musicale dans le pays.

6 millions de touristes sont attendus cette année à Rio, dont 900 000 étrangers. La baisse de ces derniers est compensée par le tourisme intérieur en hausse, et ne devrait pas affecter une croissance régulière des recettes générées par le carnaval à hauteur de 665 millions de US$ (500 M€). A l’échelle du pays entier, on estime le poids économique du carnaval aux alentours de 5,7 milliards de R$ (réal brésilien) (2,15 milliards €), et la croissance des recettes en 2013 autour de 3,5 %.

Le carnaval de Rio a deux poumons. Le « off » consiste en 425 défilés publics (« blocos ») dont les parcours couvrent l’intégralité de la ville. Ce sont essentiellement ces derniers qui drainent les millions de visiteurs, mais l’image absolue du carnaval reste le sambôdromo, avenue de 800 mètres où défilent les écoles de samba concourant au titre de champion, devant 70 000 spectateurs.

Comptes incertains, subventions importantes
On entre, au sambôdromo, dans un lieu où la lumière des défilés ne parvient pas jusqu’aux comptes. Traditionnellement, les écoles de Samba étaient financées par les bicheiros, tenants de la loterie illégale (le jeu est interdit au Brésil) à qui l’on prête encore une grande puissance dans le pays. Si aujourd’hui, certaines écoles semblent s’être affranchies de ce type de financement opaque, la plupart ne publie toujours pas leurs comptes, alors même qu’elles touchent des subventions publiques. En effet, l’enveloppe municipale destinée au pan strictement festif du carnaval atteindrait 35 millions de réaux brésiliens (14 M€) selon le journal O Dia. A titre de comparaison, Paris organise sa Nuit blanche avec 1,2 M€, Le printemps de Bourges (6 jours) environ 5 M€. La biennale de Venise (6 mois d’ouverture), affiche un budget global de 13 M€, presque à hauteur des 4 nuits du défilé carioca.

De ces 35 MR$, les 12 équipes de la première division, le « groupe spécial », reçoivent chacune environ 1MR$ (400 000 €) pour l’organisation de leur défilé. Les enquêtes et calculs rapides montrent qu’un défilé de ce niveau coûte environ 5M R$ (2 millions €) par école. Soit un budget global aux alentours de 60 millions € sur deux soirs. Outre les subventions, les écoles comptent sur la vente des costumes (environ 1MR$ pour chaque école, qui vend plus de 3000 tuniques à environ 300 € aux danseurs amateurs), les droits TV (autour de 2 MR$ à répartir) et, depuis peu autorisé, le parrainage : les écoles se trouvent des sponsors, commerciaux ou politiques. Hier soir, Unidos de Tijuca, champion 2012, a chanté les attraits de l’Allemagne (sur une chorégraphie invoquant le dieu Thor), contre subsides de Bayer, Volkswagen et autres marques allemandes. Grande Rio a défendu l’association des états brésiliens producteurs de pétrole contre un projet de réforme fédérale sur les royalties du brut. Transformé en sommet de glamour !

Dans un interview donné à la télévision de Rio TVRJ pendant la dernière campagne municipale, le député d’opposition Marcelo Freixo reprochait au maire, Eduardo Paes, de ne pas exiger, contre subvention, la transparence des comptes. Le maire a répondu, sur le site d’informations UOL, avoir voulu éloigner les écoles des bicheiros, puis se défend par une pirouette : « Ce sont les écoles qui commandent le carnaval. J’ai lancé un appel d’offre (ndlr : pour trouver des repreneurs aux écoles et donner de la transparence au système), mais Disney n’a pas voulu acheter. Et pour cause, les gens ici ne veulent pas de Mickey, et Pluto, ils veulent Portela (ndlr : nom d’une école de samba traditionnelle) ». Show must go on, a fortiori quand il ramène un demi-milliard.

Légende photo

Défilé du Carnaval de Rio (Brésil) - © Photo Fotos_Gratis - 2012 - Licence CC BY 2.0 

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