Mercredi 19 décembre 2018

La vogue des classiques d’histoire de l’art

Par Isabelle Manca · L'ŒIL

Le 21 décembre 2017 - 419 mots

C’est ce qu’il est convenu d’appeler un phénomène éditorial. Sur les étals des librairies et, a fortiori, dans les boutiques de musées, les classiques de l’histoire de l’art ont le vent en poupe.

Toutes maisons confondues, les rééditions se succèdent à un rythme effréné. Cette tendance n’est pas totalement nouvelle ; il suffit de penser à l’inoxydable succès du best-seller L’Histoire de l’art d’Ernst Gombrich. Réimprimé seize fois depuis 1950, il demeure la bible des étudiants de première année. Toutefois, cette tendance se limitait, il y encore peu, à une poignée de signatures, ou concernait surtout des publications académiques, parfois en langue étrangère et souvent onéreuses. La vraie nouveauté réside donc dans l’élargissement de la palette des titres et le choix de formats abordables, qui va de pair avec un engouement croissant pour la discipline et la demande des étudiants qui ne trouvent plus certains ouvrages qu’en bibliothèque ou en exemplaires d’occasion hors de prix. Il s’agit majoritairement de livres épuisés, qu’on réédite en semi-poche, avec relativement peu d’illustrations, ou en noir et blanc ; ce qui en limite le coût.

La collection « Les mondes de l’art » des éditions Klincksieck est emblématique. Elle comprend plusieurs rééditions, révisées et mises à jour par des spécialistes. À quelques mois d’intervalle, elle a ainsi ressorti deux titres phares, Les Peintres italiens de la Renaissance de Bernard Berenson et Le Livre des peintres de Karel Van Mander. Ce dernier est présenté et richement annoté par la brillante Véronique Gérard-Powell et devrait rapidement s’imposer comme la version de référence. Autre ouvrage mythique, devenu introuvable, Renaissance et baroque d’Heinrich Wölfflin ressort aux éditions Parenthèses. Là encore, il ne s’agit pas d’un simple retirage. « Nous sommes repartis du texte original en allemand pour proposer une nouvelle traduction corrigée et modernisée », expliquent les éditeurs. « Par ailleurs, nous avons également republié les Principes fondamentaux de Wölfflin, pour lequel nous avons réalisé un gros travail iconographique. » Parmi les maisons publiant régulièrement des textes d’artistes et des ouvrages de référence sur l’art, Allia affiche une politique singulière. « Nous publions toujours le texte tel qu’il est, sans ajouter de préface, de notes ou de présentation afin de ne pas orienter le lecteur dans son analyse », précise la maison d’édition. Seule « entorse » à cette politique du texte brut, Allia vient de réimprimer La Morale des lignes de Golberg, une première depuis la sortie de cet ouvrage mythique en 1908, en le complétant avec certains dessins d’André Rouveyre prévus pour la version initiale mais non inclus à l’époque. Une transgression de bon aloi.

Mecislas Golberg, La Morale des lignes,
Allia, 176 p., 10 €.

Heinrich Wölfflin, Renaissance et baroque,
Parenthèses, 224 p., 16 €.

Karel Van Mander, Le Livre des peintres,
Klincksieck, 476 p., 24,90 €.

Corrado Ricci, L’Art des enfants,
Ligeia, 124 p., 14 €.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°708 du 1 janvier 2018, avec le titre suivant : La vogue des classiques d’histoire de l’art

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