La performance à la Fiac, parad(ox)es ?

Par Céline Garcia-Carré · L'ŒIL

Le 2 octobre 2017 - 665 mots

La performance fait désormais partie intégrante de l’offre de la foire. Pour autant, le marché n’est pas encore autonome.

Approchez, approchez ! Dans le tableau Parade de cirque (1888) de Georges Seurat, des bateleurs se produisent sur une scène dans la rue, offrant aux passants un aperçu du spectacle et les invitant à entrer dans la salle. C’est à cette illustration de l’origine historique du mot « parade », désignant des petites scènes jouées gratuitement à l’extérieur d’un cirque ou d’un théâtre pour inciter la foule à venir voir le spectacle officiel, que fait penser le festival de performance de la Fiac, « Parades », qui, pour sa deuxième édition, propose vingt-cinq performances gratuites au Grand Palais et dans plusieurs musées parisiens (au Louvre, partenaire historique de la Fiac, au Centre Pompidou, à l’Orangerie ou encore au Musée de la chasse et de la nature).

Un soutien des galeries à la diversité des pratiques
Déjà programmées dans plusieurs musées et, pour certaines, représentées par des galeries, les performances présentées dans le contexte de la Fiac ne sont pas nécessairement destinées au marché : « Le but premier n’est pas commercial pour les galeries, mais bien de donner de la visibilité et un impact important à la pratique de leurs artistes, de les soutenir pour toutes les formes artistiques qu’ils proposent », explique Blanche de Lestrange, directrice de la programmation et du développement culturel de la Fiac. En effet, rares sont encore les galeries qui vendent de la performance sous forme d’activation ou de protocole. L’art vendu est souvent la trace matérielle de la performance (photo, vidéo, objet utilisé) et non l’action elle-même.

Le rôle du galeriste serait donc d’apporter un soutien au travail d’un artiste, comme l’explique la Galerie Perrotin qui présente à « Parades » la performance du plasticien Lionel Estève Une nuit sans sommeil (2017) : « La performance est un des nombreux aspects de la pratique d’un artiste, elle nourrit son travail et constitue un moment important de sa création. Il est donc important de l’exposer et de la soutenir ; elle est souvent un jalon dans une œuvre de plus grande envergure. Les musées, les biennales, les galeries et même les foires l’ont compris, car il est important de donner accès à la création actuelle dans toute sa variété. »

Parallèlement à cette mise en valeur de la performance côté galeries, dont la pérennité repose toutefois sur des transactions commerciales, la Fiac présente aussi la performance dans sa version originelle, hors marché, avec un accès entièrement gratuit : « Nous nous adressons à un public institutionnel, musées et commissaires, aux collectionneurs et au grand public avec un accès gratuit et libre de toutes les performances », explique Blanche de Lestrange.

Le paradoxe est intéressant : que penser de la place significative qu’attribuent depuis peu des foires internationales à une pratique artistique qui trouve pourtant son origine dans la subversion des codes établis et un refus du système ? D’aucuns vont même jusqu’à penser que, si des performances se donnent à voir dans un contexte commercial, il ne peut alors s’agir de performances puisque celles-ci perdent leur identité ontologique.

Robert Whitman
 
Carte blanche à l’artiste américain Robert Whitman pour deux performances au Louvre. Œuvre emblématique, Prune Flat (1965) illustre parfaitement la symbiose entre les dimensions plastique et performative de l’art avec trois participantes en présence, évoluant à la fois devant et dans la projection filmique sur grand écran. Une subtile mise en abîme graphique en trois dimensions, entre apparition et disparition. Local Report: Side Effects (2016) mêle images préenregistrées et contenus visuels captés en direct revisitant les actions de notre quotidien.
Céline Garcia
Raphaëlle Delaunay
 
C’est au Musée de la chasse et de la nature que Raphaëlle Delaunay invite le public à une contemplation du corps en mouvement conjuguant grâce et lenteur. L’ambiance du lieu fait ainsi écho à sa grammaire animale qui traite de la transformation dansée du corps animal et humain, caractéristique de son travail. Les résonances entre les objets exposés et la danse captivante de Raphaëlle Delaunay méritent assurément le détour.
Céline Garcia

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°705 du 1 octobre 2017, avec le titre suivant : La performance à la Fiac, parad(ox)es ?

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