Mercredi 12 décembre 2018

Forte demande pour le surréalisme

Par Roxana Azimi · L'ŒIL

Le 1 février 2004 - 630 mots

Le surréalisme a eu les faveurs du marché en 2003 avec la vente de l’atelier André Breton. La revalorisation de ce mouvement est toutefois plus ancienne. Sotheby’s compte des annales importantes avec la vente de l’atelier Magritte en 1987, puis celle de Man Ray en 1995. Ce travail de fond aboutit en 2000 à la première vente entièrement consacrée au surréalisme. L’année suivante, Christie’s s’engouffre dans cette brèche. « L’art surréaliste a besoin d’être dans son propre élément. Dans le contexte joli et fleuri de l’impressionnisme, il souffre de son aspect très intellectuel », déclare Olivier Camus expert chez Christie’s. Les catalogues de ces dispersions spécialisées ont de fait quelque chose d’à la fois plus culotté et didactique que les compilations traditionnelles. Il n’est toutefois pas certain que ces dispersions spécialisées aient contribué plus que d’autres à égayer la cote du surréalisme. Rappelons que la plupart des records ont été enregistrés plutôt dans les ventes modernes généralistes.
Depuis 2002, les ventes surréalistes se sont révélées moins fructueuses, voire désastreuses dans le cas de la dernière vente de Sotheby’s. C’est que la marchandise est difficile à trouver. Attachés à leurs œuvres, confortés dans leurs convictions par les grandes expositions comme la « Révolution surréaliste » au Centre Pompidou, les collectionneurs se montrent singulièrement gourmands. « Il y a une énorme demande qui reste insatisfaite. Mais, contrairement à ce qu’on imaginait, la source d’œuvres surréalistes est limitée », reconnaît Andrew Strauss, expert chez Sotheby’s. Faute d’obtenir suffisamment de pièces à des prix attractifs, Sotheby’s n’a pas monté de vente surréaliste en 2003, préférant intégrer les neuf œuvres glanées dans la vente moderne du soir. Les prochaines vacations de Sotheby’s et Christie’s ne fourmillent pas de chefs-d’œuvre, mais offrent sur le marché quelques pièces inédites. Sotheby’s propose un des fameux « objets » mystérieux de Man Ray baptisé L’Énigme d’Isidore Ducasse (1920). Il s’agit vraisemblablement d’une machine à coudre emballée dans une couverture, photographiée puis déballée, à la manière d’une performance dont l’héritier serait aujourd’hui l’artiste Christo. Les photos de 1975 de L’Énigme d’Isidore Ducasse, fréquentes
sur le marché, valent généralement entre 1 500 et 3 000 euros. Cette pièce de 1971, éditée à dix exemplaires, est proposée pour 200 000/300 000 livres. Une estimation plutôt « gonflée » ! En effet, jusqu’à présent l’objet inconnu le plus cher de Man Ray en ventes publiques était une Vénus restaurée adjugée pour 145 000 livres en 2000.
De Man Ray, on repère aussi Les Gens en colère d’un après-midi, un tableau de 1928 estimé 300 000/400 000 livres. L’artiste peint cette toile violente alors que ses relations amoureuses avec sa muse, le modèle Kiki de Montparnasse, commencent à se dégrader. Ironie du sort, le tableau fut acheté par Lee Miller, qui allait devenir l’autre grand amour de Man Ray !
De son côté Christie’s rend hommage à Salvador Dali, dont on fête le centenaire de la naissance, avec L’Écho du Vide de 1935, estimé 1,2/1,8 million de livres.  En 2002, la maison de ventes avait adjugé une petite toile de cette année, Apparition dans la ville de Delft, pour 1,3 million de livres. On s’attarde aussi sur une œuvre réalisée avec du sable par André Masson, en état de transe, dans les années 1926-1927 dont s’inspirera Jackson Pollock. La vente compte enfin sept œuvres de Max Ernst parmi lesquels la Fuite (1940) de la série des décalcomanies estimée 350 000 livres. Déjà passée sur le marché, cette toile avait atteint 1,3 million de francs en 1994 à Paris puis 410 000 dollars en 1996 chez Sotheby’s. Reste à voir si les prix de Max Ernst, encore sous-évalués, vont suivre l’inflation observée par les derniers passages en ventes publiques.

Christie’s Londres : The Art of the Surreal, 2 février. Sotheby’s Londres : Surrealistic Art, 4 février.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°555 du 1 février 2004, avec le titre suivant : Forte demande pour le surréalisme

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