Mercredi 20 janvier 2021

Rétrospective

Wifredo Lam multiculturel, mais répétitif

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 24 novembre 2015 - 674 mots

Le Centre Pompidou retrace l’œuvre complexe et multiculturelle de l’artiste cubain dans une démonstration qui ne masque pas le manque d’inspiration dans la seconde partie de sa carrière.

PARIS - Il y a deux manières d’appréhender l’art et la carrière de Wifredo Lam (1902-1982) dans l’exposition qui lui est consacrée par le Centre Pompidou, à Paris. L’une strictement picturale qui, chronologiquement et avec une certaine économie en nombre de tableaux –, beaucoup de gravures, pièces graphiques et céramiques complètent l’ensemble – survole toutes les périodes de l’artiste, allant à chaque fois à l’essentiel. L’autre, très abondamment documentaire, qui éclaire sur un cadre personnel et historique, renseigne amplement sur le contexte familial ou professionnel, les relations, la fortune critique ou les moments forts d’une carrière internationale et marquée par les soubresauts de l’histoire. L’une et l’autre se répondent bien entendu, s’accompagnent toujours, se complètent parfois, mais peinent finalement à fusionner. Au point que, parvenu au terme de sa visite, le spectateur a le sentiment d’avoir traversé plus un projet de recherche qu’une exposition rétrospective à proprement parler, toute dédiée qu’elle soit à l’un des acteurs les plus singuliers des avant-gardes picturales du siècle passé.

L’art de Wifredo Lam est en effet singulier et dévoile une esthétique qui lui est toujours restée propre, même si jusqu’à la fin des années 1930 elle passa par de nombreux stades avant de parvenir à véritablement se définir. Ce que figure admirablement l’introduction de l’exposition qui laisse se juxtaposer toutes les influences – réaliste, surréalisante, matissienne… – auxquelles est soumis un jeune homme né à Cuba d’un père chinois et d’une mère mulâtre à l’ascendance africaine qui, dès l’âge de 21 ans, est en Europe – à Madrid en premier lieu –, où il absorbe les principales recherches de son temps. La question de l’ascendance de l’artiste est loin d’être anodine. Elle contribua certainement à forger avant l’heure une conscience que l’on dirait aujourd’hui multiculturelle et probablement, en plus des nombreuses influences auxquelles l’artiste fut soumis, pesa sur l’élaboration d’un style qui, lorsqu’il parvient à une forme de maturité, conjugue de nombreuses voies.

Une peinture métissée et symboliste
Alors qu’elle est encore très symboliste au tout début des années 1940, ainsi que les laissent voir les fameux Carnets de Marseille (1940-1941), l’œuvre de Wifredo Lam aborde dès son retour dans les Caraïbes en 1941 – à la Martinique, puis à Cuba – un tour très syncrétique en mêlant nature, homme, animal et forces indéfinissables. Chef-d’œuvre de la période, La Jungla(1943) semble en effet attester d’une sorte de fusion globale. Spiritualités, sorcellerie, cultes vaudous et autres énergies cosmiques sont très vite convoqués dans un art allégorique et poétique, où beaucoup se déroulent dans des espaces et temporalités indéfinis. Wifredo Lam repense la spatialité du tableau en s’affranchissant de la traditionnelle dichotomie entre surface et profondeur notamment, afin de parvenir sur le plan à une sorte de synthèse, de fusion des figures, du cadre et des éléments. Intéressant est à cet égard, au milieu des années 1940, l’usage d’une sorte de sfumato qui brouille un peu plus le motif et ouvre la porte à des mondes indéfinis.

Mais une fois posés, le vocabulaire et la syntaxe plastique de l’artiste n’évoluent plus guère, pas plus que le discours. Et passé le milieu des années 1950, sa production finit par tourner en rond sur les acquis qui lui conférèrent reconnaissance critique et notoriété mondiale.

C’est finalement à cette aune que peut apparaître la relative faiblesse en nombre d’œuvres picturales présentées dans l’exposition – une cinquantaine tout au plus – et la si grande importance donnée à la documentation, qui une fois encore n’apparaît en rien anecdotique et se montre riche d’enseignements. Certainement s’est-il agi de ne pas insister sur cette absence d’évolution une fois atteinte la plénitude d’une carrière.

L’une des dernières œuvres présentées apparaît ainsi symptomatique, soit la longue série de gravures « Apostroph’ Apocalypse » (1966) : un travail de belle facture mais nullement un chef-d’œuvre, pas honteux mais terriblement répétitif.

Wifredo Lam

Commissaire : Catherine David
Nombre d’œuvres : 400 œuvres et documents

Wifredo Lam

Jusqu’au 15 février, Centre Pompidou, 75004 Paris, tél. 01 44 78 12 33, www.centrepompidou.fr, tlj sauf mardi 11h-21h, entrée 14 €. Catalogue éd. Centre Pompidou, 240 p., 39,90 €.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°446 du 27 novembre 2015, avec le titre suivant : Wifredo Lam multiculturel, mais répétitif

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