Varier les plaisirs

Le Louvre explore la “variante”? dans le dessin italien du XVIe

Le Journal des Arts

Le 13 juin 2003

En complément des expositions consacrées à Michel-Ange et à Léonard de Vinci, le Musée du Louvre aborde le dessin du XVIe siècle à travers l’étude de la “variante”?, c’est-à-dire la reprise d’une même figure ou composition avec des changements plus ou moins importants. Plus de soixante-dix dessins italiens des collections du Louvre illustrent cette méthode de travail subtile, représentative du savoir-faire des artistes de la Renaissance. Le parcours déroute toutefois par son découpage en une multitude de catégories et sous-catégories.

PARIS - Le procédé de la “variante”, qui consiste à redessiner un même motif ou une même composition en les modifiant, remonte au XVe siècle. C’est l’époque où le parchemin cède progressivement la place au papier, dont l’usage se généralise dans la seconde moitié du siècle. Ce nouveau support, à la fois maniable et souple, permet de disposer les motifs plus facilement et plus librement. Durant la même période, le trait connaît sa seconde libération grâce à l’utilisation croissante des pierres (en particulier la pierre noire) et au perfectionnement des encres et de la plume. La pointe de métal était définitivement supplantée. Sans cette évolution notable des techniques, la variante serait probablement demeurée marginale. Au XVIe siècle, son emploi devient aussi fréquent que celui du papier.

Le dessein du dessin
Pour la première fois, une exposition met en lumière ce procédé tout d’abord pratiqué dans les ateliers italiens de la Renaissance. Organisée par le département des Arts graphiques du Musée du Louvre et par son conservateur Lizzie Boubli, elle tente de dresser une typologie de ses différents genres, mais noie le visiteur sous une avalanche de catégories et de sous-catégories (sont notamment distinguées : la reprise simple ; la reprise composée ; les variantes pour une figure ou une composition ; les variantes progressives, d’assimilation, engendrant des mutations iconographiques, suggérant le mouvement...).
“Sous ses formes les plus savantes, l’usage quasi systématique des variantes est inséparable de la multiplication et de la sophistication des étapes de travail dorénavant consacrées au dessin”, explique Lizzie Boubli dans le catalogue de l’exposition. Dans les botteghe (ateliers) italiens, les artistes se livrent, figure après figure, groupe après groupe, à maintes recherches avant de parvenir à une composition définitive. Leurs tâtonnements constituent aujourd’hui de précieux témoignages, non seulement sur l’apprentissage technique dans les ateliers de la Renaissance, mais aussi sur la gestation de certaines œuvres peintes.
La reprise sur une même feuille d’un motif identique, décliné avec des variantes, illustre le désir de perfectionner celui-ci. Ainsi du dessin à la sanguine (1687) d’Andrea Del Sarto, étude pour la fresque du Tribut à César à Poggio a Caiano. De manière très vivante, l’artiste esquisse, dans son intégralité et par fragments, de face et de profil, un chien descendant des marches.
La juste disposition d’une figure ou d’un groupe de figures donne également lieu à de nombreuses variantes, où dessin et dessein se confondent. En témoignent notamment les différentes attitudes adoptées par Adam sur une feuille de Raphaël, étude pour la Tentation d’Adam et Ève qui orne la chambre de la Signature au Vatican (1508-1511). Ces croquis rapprochés d’un même personnage dans diverses postures donnent parfois l’illusion de mouvement. C’est le cas de la figure répétée d’Alexandre, dont les bras semblent progressivement s’ouvrir dans l’étude de Paolo Véronèse, ou encore des athlétiques Guerriers nus de Baccio Bandinelli, qui jouent du bouclier dans toutes les positions. Une même composition peut aussi se décliner sur plusieurs feuilles, afin d’expérimenter des variantes de cadrage, d’ombres et de lumières, etc. Plus rares sont les études donnant lieu à des changements iconographiques. L’une des plus spectaculaires est signée Il Cigoli. Sur une même feuille, Narcisse à la fontaine se métamorphose progressivement en Diane au bain...

SAVOIR-FAIRE. LA VARIANTE DANS LE DESSIN ITALIEN DU XVIe SIÈCLE

Jusqu’au 18 août, Musée du Louvre, aile Sully, 1er étage , salle de la Chapelle, Paris, tél. 01 40 20 51 5, www.louvre.fr, tlj sauf mardi, 9h-17h30, mercredi jusqu’à 21h30. Catalogue éd. RMN, 128 p., 39 euros.

Raphaël à l’honneur à Lille

Pour la première fois, les œuvres dessinés des trois génies de la Renaissance font l’objet d’expositions simultanées : tandis qu’au Louvre sont présentés les dessins de Léonard (jusqu’au 14 juillet, lire le JdA n°171, 16 mai 2003) et de Michel-Ange (jusqu’au 23 juin, lire le JdA n° 169, 18 avril 2003), le Palais des beaux-arts de Lille accueille ceux de Raphaël (jusqu’au 21 juillet, Place de la République, tél. 03 20 06 78 00). Ce musée, qui possède l’une des plus riches collections françaises de dessins italiens des XVe et XVIe siècles, conserve en effet un magnifique fonds d’œuvres graphiques de l’artiste florentin, legs du peintre et collectionneur lillois Jean-Baptiste Wicar (1762-1834). Autour de vingt-cinq feuilles de Raphaël ont été réunies autant d’œuvres de ses prédécesseurs, contemporains et successeurs. Le dessin à Florence à la fin du XVe siècle et au début du XVIe siècle est évoqué par des feuilles de Botticelli, Lippi, Ghirlandaio, Fra Bartolommeo, auxquelles succèdent des œuvres exécutées en Ombrie autour de 1500 par des contemporains de Raphaël (Eusebio Da San Giorgio et Timoteo Viti). À côté du remarquable portrait de jeune homme exécuté à la pierre noire vers 1503, prennent également place des études de ses disciples (Jules Romain, Perino Del Vaga, Polidoro Da Caravaggio), et des esquisses de peintres actifs à Florence vers 1520, comme Andrea Del Sarto, Salviati ou Pontormo. Ce dernier est l’auteur d’un des chefs-d’œuvre du parcours, une variante d’homme nu à la sanguine qui aurait parfaitement trouvé sa place dans l’exposition du Louvre (lire l’article ci-contre).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°173 du 13 juin 2003, avec le titre suivant : Varier les plaisirs

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