Samedi 15 décembre 2018

Une fondation sagement alternative

Par Sophie Flouquet · L'ŒIL

Le 1 juin 2004 - 659 mots

PARIS

Restaurant ou cabaret branché ? Malgré son nom, la Maison rouge n’est rien de tout cela, même si elle pourrait bien devenir le dernier endroit à la mode.

Situé dans un improbable cœur d’îlot du quartier de l’Arsenal, le lieu est en réalité le dernier-né des espaces d’exposition de la capitale dévolus à l’art contemporain. Créée par l’ancien galeriste grenoblois Antoine de Galbert, cette fondation privée reconnue d’utilité publique n’aura pourtant pas vocation à exposer les pièces de la collection personnelle du maître des lieux.
Y seront présentées en alternance des grandes collections privées européennes – dont prochainement celle de l’Allemand Harald Falckenberg – et des expositions monographiques ou thématiques. Mais avec une cafétéria ouverte à tous, une librairie avec pas de porte et un pôle pédagogique, développé en partenariat avec l’université Paris X-Nanterre, la Maison rouge affiche ses ambitions : devenir un centre d’art d’un esprit nouveau, privilégiant la convivialité, malgré le caractère introverti de son architecture. Un projet courageux dans un pays où les initiatives privées sont souvent échaudées par les lourdeurs de l’administration. Quatre années auront ainsi été nécessaires à Antoine de Galbert pour créer et installer la fondation, en « faisant le choix de rester dans Paris ». L’achat d’une grande friche à deux pas de la Bastille en 2000, la constitution d’une petite équipe animée par Paula Aisemberg, transfuge de la galerie Beaudoin-Lebon, la définition d’une programmation animée par des commissaires indépendants, et voici mis sur les rails ce « Petit Poucet » de la fondation privée. Alors pourquoi ce nom curieux de Maison rouge ? Pour le comprendre, il faut franchir les portes vitrées électriques du 10 boulevard de la Bastille puis les espaces d’accueil aux murs obliques mis en couleur par Jean-Michel Alberola. Là, au rez-de-chaussée d’un immeuble des plus ordinaires, jadis occupé par un atelier de reprogravure, l’architecte grenoblois Jean-Yves Clément a restructuré plus de 2 000 m2 de friches industrielles, en partie sous verrière, clarifiant les circulations dans un enchevêtrement de salles d’exposition tournant comme un ruban autour d’un étrange pavillon de briques… la fameuse maison rouge. Rebadigeonné de rouge vif pour l’occasion, ce pavillon regroupe la cafétéria et les bureaux de la fondation, dont celui de son président, des fenêtres duquel on mesure la complexité de l’implantation. « Techniquement, le chantier était très complexe », confesse volontiers l’architecte, sélectionné après consultation d’un jury, comprenant notamment François Barré, responsable d’une fondation d’une tout autre ampleur, celle du milliardaire François Pinault. Pourtant, malgré l’importance des contraintes en terme de sécurité, le maître d’œuvre est habilement parvenu à rythmer la distribution des espaces, alternant salles aveugles et salles dotées d’un éclairage zénithal. Derrière le pavillon, un patio, puits de lumière central, fera office de Project room pour les artistes. Coût d’une telle opération ? Outre l’annonce d’un budget de fonctionnement d’un million d’euros, Antoine de Galbert préfère rester discret sur la question. « J’ai choisi de ne pas bénéficier de subventions pour rester libre », précise l’intéressé… Nul doute que la première exposition intitulée « L’intime, le collectionneur derrière la porte », attirera bon nombre de curieux séduits par l’idée voyeuriste de pénétrer par la lorgnette dans de cossus appartements de collectionneurs. Inspirée par le psychanalyste Gérard Wajcman, cette exposition inaugurale reconstitue dans seize volumes différents, seize pièces de maisons de collectionneurs d’art contemporain, avec leur mobilier, leur décoration et surtout leurs œuvres d’art. Du vestibule – celui d’Antoine de Galbert – au salon, du bureau au cabinet de toilette, chaque pièce transportée désacralise le rapport à l’œuvre d’art. Celle-ci y est accumulée parmi d’autres objets ou exposée telle une pièce de décoration, créant un univers habité à mille lieux de l’ambiance aseptisée des musées. Une belle entrée en matière pour un lieu sagement alternatif, ni musée, ni galerie.

« L’intime, le collectionneur derrière la porte », PARIS, la Maison rouge, fondation Antoine de Galbert, 10 bd de la Bastille, , XIIe, tél. 01 40 01 08 81, www.lamaisonrouge.org, 5 juin-26 septembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°559 du 1 juin 2004, avec le titre suivant : Une fondation sagement alternative

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