Photographie

Une Diane Arbus kaléidoscopique

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 4 août 2023 - 677 mots

ARLES

Luma Arles offre un panorama inédit des clichés de la photographe new-yorkaise soucieuse de réalisme.

Arles (Bouches-du-Rhône). En juin 2021, lors de l’ouverture au public de la « tour Gehry », Luma Arles exposait, dans ses espaces consacrés aux archives d’artistes ou de revues, « A Box of Ten Photographs » de Diane Arbus (1923-1971), portfolio constitué par la photographe peu de temps avant sa mort et seule publication réalisée de son vivant. Trois ans plus tard, ce sont 454 photographies datées de 1945 à 1971 et acquises en 2011 par Luma Foundation qui sont présentées dans la tour. C’est pour cette artiste la première rétrospective d’envergure en France.

Un dispositif d’accrochage audacieux

La scénographie, sous le commissariat de Matthieu Humery, est audacieuse : le dispositif mêle différentes périodes, thématiques et séries, pour un kaléidoscope impressionnant de portraits noir et blanc de couples, nudistes, travestis, jumeaux, enfants, célébrités ou forains. Autant d’identités, de modes de vie et d’attitudes saisis frontalement que l’on appréhende directement et qui ne peuvent que fasciner par la manière propre à Arbus d’explorer la société américaine. À l’instar de celles d’August Sander, de Bill Brandt, Brassaï ou Weegee, ses images rendent compte d’une réalité sans fioritures.

Beaucoup d’inédits ou d’images peu vues figurent dans cette monographie née de l’acquisition de tirages réalisés et détenus par Neil Selkirk. Le photographe anglais a été pendant plus de trente ans la seule personne autorisée par l’Estate à réaliser des tirages posthumes de l’œuvre après le suicide de la photographe. Quand Selkirk, né à Londres en 1947, rencontre pour la première fois Diane Arbus, il est l’assistant d’Hiro à New York ; en 1970, il suivra une master class dirigée par la photographe. C’est dans le studio du Harper’s Bazaar à Paris, six mois plus tard, qu’il apprend sa disparition. Dans la carte postale adressée à Marvin Israel, directeur artistique du magazine et ami intime de Diane Arbus, il écrit qu’il serait « heureux de les [M. Israel et Doon Arbus, la fille de Diane] aider de toutes les manières possibles ». Ces derniers s’en souviennent lors de la préparation de la rétrospective posthume, en 1972, au Museum of Modern Art de New York. « À mon retour à New York, j’ai passé tout l’hiver à parcourir ses planches-contacts à la recherche des négatifs de toutes les photographies qu’elle avait tirées, puis j’ai commencé à tirer pour le livre et l’exposition dans la chambre noire de Diane Arbus […], fidèle à ses tirages », précise-t-il en 2020 dans un entretien avec Sophie Hackett, conservatrice de la photographie au Musée des beaux-arts de l’Ontario, à l’occasion d’une exposition en ce lieu. Il poursuivit cet exercice délicat en respectant l’évolution du grain des tirages de la photographe dans le temps.

Les Rencontres d’Arles, 54e édition  


Festival. À l’affiche cette année : Saul Leiter, mais aussi Gregory Crewdson dont les tableaux photographiques, réalisés avec les moyens du cinéma, font sa renommée. La relation entre photographie et cinéma est l’un des axes de cette 54e édition. Ainsi sont montrés les Polaroid du tournage de L’Ami américain (1977) de Wim Wenders et les photographies d’Agnès Varda qui inspirèrent son premier film, La Pointe courte (1955), ou des scrapbooks, albums conçus par une dizaine de réalisateurs pour leur film, de Chris Marker à Jim Jarmusch. Les focus sur le travail de Dolorès Marat, Rosângela Rennó, Zofia Kulik ou Nicole Gravier sont d’autres temps forts d’une édition qui fait la part belle aux femmes photographes. Ainsi sont présentées également les séries récentes ou inédites de Juliette Agnel, Hannah Darabi et Eva Nielsen, l’exposition « Søsterskap » (« sororité ») révélant dix-huit autrices issues de la scène nordique. Le prix Découverte s’intéresse plus particulièrement cette année à la jeune scène artistique sud-asiatique. La photographie documentaire est présente quant à elle au travers de l’exposition du collectif Myop et de l’inventaire d’Éric Tabuchi et Nelly Monnier sur les constructions (fermes, HLM, stations-service…) en France. Le Musée Réattu accueille les reportages de Jacques Léonard et l’abbaye de Montmajour une sélection d’images publiées par Libération au cours de ces cinquante dernières années.

C.C.

Les Rencontres d’Arles, jusqu’au 24 septembre, rencontres-arles.com
Diane Arbus. Constellation,
jusqu’à fin octobre (date précise non communiquée), Luma Arles, la Tour, galerie principale, 35, av. Victor-Hugo, 13200 Arles.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°615 du 7 juillet 2023, avec le titre suivant : Une Diane Arbus kaléidoscopique

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