Art contemporain

Un nouveau Wesselmann

Musée Matisse, Nice (06) – Jusqu’au 29 mai 2023

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 25 avril 2023 - 389 mots

Pop Art -  On savait les premières œuvres de Tom Wesselmann (1931-2004) influencées par Matisse.

On pensait que l’artiste s’était ensuite dégagé de cette influence pour arpenter son propre chemin. De fait, le contemporain d’Andy Warhol et de Roy Lichtenstein a tracé sa route, singulière, en réaction à l’expressionnisme abstrait, mais n’a jamais cessé de dialoguer avec Henri Matisse. S’est-il même un jour libéré de son influence ? Difficile de répondre à la question, tant le souvenir de Matisse (les papiers découpés, la couleur, etc.) reste présent dans l’imagerie « pop » de Wesselmann. L’artiste intègre la Cooper Union pour le développement de la science et de l’art en 1956, où enseigne Nicholas Marsicano. Matisse est décédé depuis deux ans, mais son ombre plane encore sur New York, comme ailleurs. En 1959, Wesselmann réalise une œuvre de moyenne dimension (81,3 x 61 cm), un pastel, collage et agrafes sur carton, qu’il intitule After Matisse, hommage appuyé dans lequel il montre qu’il a assimilé la leçon « décorative » du maître. Mais cela ne sera en réalité pas « après Matisse » que l’artiste américain travaillera ensuite, mais « avec » Matisse, ce que prouve aujourd’hui l’exposition du Musée Matisse, après celle de la Galerie Almine Rech durant l’été 2022. De fait, quand ils sont accrochés sur les cimaises du Musée Matisse, les nus de Wesselmann perdent leur caractère de simples « pin-up » publicitaires ultrasexualisées de l’après-guerre, pour retrouver la douceur d’un sujet maintes fois traité par Matisse – commencée en 1961, la série des Great American Nudes de Wesselmann est, à ce titre, éloquente. Couleurs pures en aplats, formes découpées, composition… : le fantôme de Matisse ne disparaît en vérité pas tout à fait de l’œuvre de Wesselmann, mais revient véritablement le hanter dans les années 1980, quand l’Américain cite directement les œuvres du Français, dans ses peintures comme dans ses steel drawings, ses dessins en aluminium découpé. En 2004, au crépuscule de sa vie, Wesselman peint une grande huile sur toile (248,9 x 188 cm) qu’il intitule Man Ray at the Dance. Il y reprend la composition de La Danse de Matisse, sur laquelle il superpose un nu féminin dont la pose est reprise d’une photographie d’André Kertész. La référence à Man Ray du titre est-elle une grossière erreur ? Peut-être, en tout cas Matisse est bel et bien là, grandiose. Il a toujours, chez Wesselmann, été là.

« Tom Wesselmann. After Matisse »,
Musée Matisse, 164, avenue des Arènes-de-Cimiez, Nic e(06), musee-matisse-nice.org

Thématiques

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°764 du 1 mai 2023, avec le titre suivant : Un nouveau Wesselmann

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque