Art ancien

National Gallery of Art, Washington

Un « Metsu » très en deçà

Jusqu’au 24 juillet 2011

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 20 mai 2011 - 330 mots

Comment une rétrospective annoncée comme un événement – le peintre hollandais du XVIIe siècle n’a pas eu d’exposition depuis les années 1960 –, organisée par trois institutions prestigieuses à Dublin, Amsterdam et Washington ne présente-t-elle que trente-trois peintures sur un corpus qui en compte cent trente ?

Certes, cela n’empêche pas cette présentation condensée de l’œuvre de Gabriel Metsu (1629-1667) d’être exceptionnelle, d’autant que certains grands musées comme le Louvre ont prêté leurs trésors, mais l’étroitesse de la sélection laisse perplexe. Elle a retenu des pièces significatives de chaque période de ce peintre occulté par l’engouement suscité au xxe siècle par Vermeer. Pourtant Metsu, professionnel à l’âge de 15 ans et enregistré auprès de la guilde de Leyde quatre années plus tard, connut un franc et précoce succès.

Formé chez Gerrit Dou, réputé pour sa peinture fine, Metsu commença sa carrière avec des sujets religieux. Son emménagement à Amsterdam vers 1654 marque un tournant, il brosse des scènes bavardes de la vie quotidienne, tel ce Marché aux herbes (Louvre, 1657-1661). À l’influence de son maître Dou s’ajoute alors celle de Ter Borch, puis vient celle de Vermeer, significative d’un changement profond. Des scènes intimistes, une lumière poudrée, des intérieurs raffinés et richement décorés, tout fourmille de détails. Sa peinture s’est affinée, plus silencieuse, comme celle du maître incontesté de l’intimisme hollandais. Homme et femme assis au virginal (1664), Homme écrivant une lettre (1664-1666) et, à la même époque, Femme lisant une lettre, prêté par la National Gallery de Dublin, sont des exemples de ces moments.
Durant ces dernières années d’une activité prolixe, Metsu effectue quelques retours vers la peinture religieuse, comme en témoigne L’Enfant malade (Rijksmuseum, Amsterdam) dont la construction rappelle une Vierge à l’Enfant, mais le traitement exclut tout pathos. Telle est la peinture de Metsu, glacée, aux émotions rentrées, typique de cette école hollandaise de la réflexivité.

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« Gabriel Metsu »
National Gallery of Art, 4th and Constitution Avenue NW, Washington (États-Unis), www.nga.gov, jusqu’au 24 juillet 2011.

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°636 du 1 juin 2011, avec le titre suivant : Un « Metsu » très en deçà

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