Dimanche 8 décembre 2019

Musée des beaux-arts, Angers (49)

Un double regard sur Bodinier

Jusqu’au 18 septembre 2011

Par Dominique Vergnon · L'ŒIL

Le 24 août 2011 - 403 mots

Entre ses longs séjours et ses voyages courts mais renouvelés, Guillaume Bodinier (1795- 1872) passe au total un quart de siècle en Italie, éprouvant une passion jamais démentie pour ce pays. S’il goûte les bords de Loire, il préfère ceux du Tibre.

La raison de cet attachement est le voyage qu’il fait en octobre 1822 en compagnie de son maître, Pierre Guérin, nommé directeur de la Villa Médicis. Par deux fois il échoue au prix de Rome, échec que compense une médaille d’or obtenue au salon de Paris. La découverte de l’Urbs dont il aime « voir les restes de l’Antiquité par un beau clair de lune », comme il l’écrit, les promenades dans les campagnes voisines où il peint rochers, cascades et collines surplombant des lacs, sont des sources d’inspiration qui le rapprochent de Corot. Multipliant les croquis sur le motif, notant avec finesse les détails des costumes régionaux et des coiffures féminines, il recherche les cadrages originaux, privilégie les points de vue insolites.  Or cet artiste spontané et sensible se révèle taciturne, hésitant, il renonce à mener à bien certains travaux, il revient sur des thèmes anciens bien qu’il « remue deux cents projets par jour » ! Certes, dans les scènes de genre, son penchant pour le pittoresque s’exprime avec conviction, un sens affirmé de la composition, une palette vive. Mais, ni vraiment académique ni assez romantique, Bodinier n’a pas su ou voulu prendre le tournant de la modernité qui l’aurait consacré. 

Son vrai talent est ailleurs, il se trouve dans ses aquarelles et ses dessins au crayon, toujours déliés, ramenés à l’essentiel du paysage grâce à ce don qu’il a d’en extraire les éléments majeurs. La critique salue « l’heureuse légèreté des fonds et de la lumière » des vues qui retiennent désormais, avec le recul du temps, notre intérêt. Tant d’études intelligentes qui représentent des sujets en soi. 

Première exposition consacrée au notable angevin qui deviendra un généreux mécène local, celle-ci rassemble plus de deux cents de ses œuvres. En ouvrant des créneaux dans le champ visuel, elle permet de comparer les styles et de croiser les jugements. Confrontation éloquente, attractive, ce parcours est un double regard porté sur un artiste trop peu connu auquel cette rétrospective rend un bel hommage.

Voir

« Bodinier, un peintre angevin en Italie »
Musée des beaux-arts, 14, rue du Musée, Angers (49), tél. 02 41 05 38 00, jusqu’au 18 septembre 2011.

Légende photo

Guillaume Bodinier, Panorama de Rome depuis les Jardins du Monte Pincio, 29 novembre 1824, huile sur toile marouflée sur carton, 175 x 300 cm, Musée des beaux-arts, Angers. © Photo : P. David

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°638 du 1 septembre 2011, avec le titre suivant : Un double regard sur Bodinier

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