Vendredi 13 décembre 2019

Un académisme à redécouvrir

Le Kunstpalast de Düsseldorf réhabilite l’école de peinture qui a fait sa renommée au XIXe siècle

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 18 octobre 2011 - 640 mots

DÜSSELDORF - Une école, certes. Un style, certainement pas. Quelques mois après sa réouverture, le Kunstpalast de Düsseldorf consacre ses vastes espaces d’exposition temporaire rénovés à une institution qui a fait la renommée artistique de la ville : sa Kunstakademie et la cohorte d’artistes qu’elle a su former.

En 1819, dans une volonté de décentralisation, le gouvernement prussien relance cette institution destinée à devenir une pépinière artistique – Düsseldorf n’est alors qu’une ville provinciale de quelque 20 000 habitants. Le résultat sera au rendez-vous, comme le confirme cette exposition qui se concentre sur le premier siècle d’existence de la Kunstakademie (1819-1918). Pléthorique, puisqu’il compte près de 450 tableaux, son parcours illustre la grande diversité de la production de cette école encore largement méconnue en France – quelques noms mis à part, tel celui de Carl Friedrich Lessing (1808-1880). En Allemagne aussi, où ces peintres comptent encore leurs détracteurs. Jugés trop académiques, les tableaux des collections permanentes du Kunstpalast dédiés à cette période avaient été remisés par les précédents directeurs de l’institution. Un tel rassemblement n’avait donc pas eu lieu depuis une trentaine d’années.

Des peintres d’histoire à la tête de l’école
Si les non-germanistes peinent à se retrouver dans les méandres de l’histoire de l’école, tout le monde peut en revanche apprécier la densité d’un accrochage qui privilégie une présentation par genre, quitte à s’écarter de la stricte chronologie. Hiérarchie académique oblige, les salles du premier étage, toutes peintes de rouge pompéien, sont consacrées à la peinture d’histoire. Nommé en 1819, le premier directeur de la Kunstakademie, Peter von Cornelius (1783-1867), est alors loin d’être un inconnu. Membre du mouvement des Nazaréens et proche de Johann Friedrich Overbeck, rencontré à Rome, ce peintre d’histoire perpétue une esthétique biblique largement influencée par l’Italie, dans une veine raphaélesque. Les artistes de son école sont toutefois perméables à diverses influences. Le grand Delaroche du Louvre, L’Assassinat des fils d’Henri III (1831), est ainsi confronté pour l’occasion à l’un des nombreux tableaux qu’il a su inspirer, une version à succès due au pinceau de Theodor Hildebrant (1804-1874). D’autres tableaux illustrent la richesse des sources iconographiques auxquelles puisent les artistes, tel ce grand tableau de l’Américain Emanuel Leutze (1816-1868), Prise du temple Teocalli par Cortés et ses troupes, transcrivant la verve du peintre d’histoire dans le contexte de la conquête espagnole.

L’école de Düsseldorf va toutefois prendre un nouvel essor avec son second directeur, Wilhelm von Schadow (1788-1862). Lui aussi peintre d’histoire et proche des Nazaréens, il s’attache à redonner ses lettres de noblesse à la peinture sacrée, comme en témoigne le monumental triptyque destiné au palais de justice de la ville, redécouvert grâce à une restauration récente. Plus libéral cependant, ce dernier ouvre les portes de l’école aux paysagistes, un art dont la pratique était encore souvent rejetée. Ce sera l’époque du triomphe et, après Barbizon, Düsseldorf deviendra l’endroit pour peindre le paysage sur le motif, attirant de nombreux élèves d’origine étrangère, comme le Norvégien Hans Frederik Gude, le Suisse Arnold Bocklin ou le Russe Ivan Chichkine.

Après 1848, le rejet de l’académisme permettra la diffusion de sujets plus ancrés dans la réalité sociale, cela avant que les avant-gardes, comme l’impressionnisme, ne gagnent à leur tour Düsseldorf. Conçue pour les amateurs de peinture, cette exposition permet de nombreuses redécouvertes, qui prouvent aussi que les ferments ont bien été implantés pour créer durablement à Düsseldorf un foyer artistique. Qui ne s’est guère éteint au XXe siècle, la ville occupant toujours une place majeure pour l’art allemand, dont l’école a formé, entre autres, Joseph Beuys, Bernd et Hilla Becher ou Gehrard Richter.

CLASSE INTERNATIONALE. L’ÉCOLE DE PEINTURE DE DÜSSELDORF (1819-1918)

Commissaire : Bettina Baumgärtel

Tlj sauf lundi 11h-18h, 21h le jeudi, jusqu’au 22 janvier 2012, Stiftung Museum Kunstpalast, Kulturzentrum Ehrenhof, Ehrenhof 4-5, Düsseldorf, www.smkp.de. Catalogue, 2 vol., en allemand, éd. Michael Imhof, 784 p., 68 euros, ISBN 978-3-86568-702-9.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°355 du 21 octobre 2011, avec le titre suivant : Un académisme à redécouvrir

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