Art contemporain

À Tours, Fabien Verschaere gagne en épaisseur

Par Amélie Adamo · L'ŒIL

Le 26 février 2020 - 574 mots

À Tours, l’artiste expose un pan bien connu de ses créations, grouillant de figures populaires et colorées, tout en présentant plusieurs aspects inédits de son travail.

Sans doute lorsque l’on évoque le nom de Fabien Verschaere pense-t-on spontanément au street art. De son œuvre, on connaît son lien à la culture populaire, sa dimension décorative et tout ce qui en elle est très accessible au grand public : un univers coloré et foisonnant nourri de « graff » et de bande dessinée, des fresques murales ou des dessins sur des t-shirts et des skateboards. C’est un peu de cela que l’on retrouve dans l’exposition de l’artiste au Centre de création contemporaine Olivier Debré à Tours. Un peu de cela mais autre chose encore, qui marque une évolution dans son travail et révèle une autre facette de son œuvre. Comme le souligne Élodie Stroecken, chargée des expositions au centre, « il s’agit d’un format plus muséal, plus classique, cela s’inscrit dans un moment où l’artiste avait besoin d’une exposition plus institutionnelle, car ces dernières années son travail a beaucoup été affilié à la scène du street art. Souvent le grand public se fait une fausse idée de sa démarche et ne le perçoit que sous un seul angle qui ne permet pas de voir toute la profondeur et le renouvellement de l’œuvre. »

Hommages (libres) aux anciens

L’exposition réunit des œuvres anciennes, dont certaines ont été produites en 2002 et avaient été exposées au centre lors de la première exposition personnelle de l’artiste en France, au sortir des Beaux-Arts. Elles sont mêlées à des créations récentes qui, ces dernières années, sont en lien avec l’Asie, l’artiste ayant effectué une résidence en Corée et exposé à Séoul. Le fil rouge, c’est l’idée de voyage. Ce qui nourrit l’imaginaire de l’artiste, fasciné par l’Afrique avant de l’être par l’Asie, c’est toujours le folklore, les mythologies, les contes et légendes, en lien avec les traditions picturales mais aussi orales. Son abécédaire de formes, qu’il construit depuis les années 2000, vient ainsi s’enrichir de nouveaux personnages, de nouveaux mythes, mais toujours avec ce même caractère universel, cette même interrogation de l’aventure humaine. S’il y a continuité, l’exposition témoigne aussi de l’évolution de l’artiste, particulièrement dans la technique de l’aquarelle qu’il pratique depuis une vingtaine d’années. Les aquarelles récentes témoignent d’un style qui a grandi, d’une plus grande maîtrise technique, et aussi d’un nouvel éclat chromatique en partie dû à la découverte des couleurs traditionnelles coréennes. L’exposition met par ailleurs l’accent sur les références plus historiques qui ont nourri l’artiste, parallèlement à la culture populaire. Beaucoup d’œuvres sont des sortes d’hommages libres, à Antonin Artaud, Gilles Deleuze ou James Ensor. De ce dernier, on retrouve un écho dans Le Dernier Carnaval de James : une grande frise de 18 m de long où se déploie, dans des couleurs chatoyantes, un univers à la fois gai et inquiétant.

Autre élément singulier et inédit, l’écriture occupe une place de plus en plus importante dans la pratique de l’artiste. Dans l’exposition, cette place se concrétise sous trois formes : dans les œuvres, qui sont des sortes de diagrammes où se mêlent notations et représentations de figures, mais aussi de manière plus autonome, à travers des poèmes qui accompagnent les aquarelles, et dans des carnets. Des carnets que le centre présente pour la première fois et dans lesquels l’écriture, mêlée au dessin, se déploie comme une grande frise, parfois sur plusieurs mètres de long, entre narration et abstraction.

1975
Naît à Vincennes
2000-2001
Diplômé des Beaux-Arts de Paris et des Beaux-Arts de Nantes et obtient le Prix de la Dena Foundation
2007
Exposition personnelle au Musée d’art contemporain de Lyon
2009
Participe aux expositions « La force de l’art 02 » au Grand Palais et « Vraoum » à La Maison Rouge
2012
Présente une exposition personnelle à Munich (galerie Traversée) puis participe à de nombreuses expositions collectives
2015
Participe à l’exposition collective au Musée SEMA à Séoul dans le cadre du « G-Dragon Project »
2018
Deux expositions personnelles dans les galeries Valérie Delaunay et Brugier-Rigail qui le représentent
2020
Exposition « Fabien Verschaere. La géographie du totem » au CCC OD
« Fabien Verschaere. La géographie du totem »,
jusqu’au 3 mai 2020. Centre de création contemporaine Olivier Debré, Jardin François Ier, Tours (37). Du mercredi au dimanche de 11 h à 18 h, jusqu’à 19 h le samedi, jusqu’à 20 h le jeudi. Tarifs 7 et 4 €. www.cccod.fr

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°732 du 1 mars 2020, avec le titre suivant : À Tours, Fabien Verschaere gagne en épaisseur

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