Télémaque s’économise

Par Jean-Christophe Castelain · L'ŒIL

Le 23 septembre 2009 - 391 mots

Profitant du demi-succès de leur exposition au Grand Palais en 2008, tous les protagonistes de la Figuration narrative affichent une seconde jeunesse.

Hier Monory à la fondation Maeght (L’œil n° 610), demain Klasen à Lille (L’œil n° 618). La galerie Louis Carré a préféré plonger dans le passé et présenter le travail historique d’Hervé Télémaque (né en 1937). Subsidiairement, Patrick Bongers, le propriétaire de la galerie, démontre ici toute la valeur ajoutée de la fonction de galeriste, pour peu que l’on dispose d’un stock constitué au fil d’une longue relation avec l’artiste, ce qui est de moins en moins le cas aujourd’hui dans le métier. Il s’agit d’une période intermédiaire de Télémaque qui se situe entre la profusion de signes qui emplissent ses tableaux et le passage à la sculpture. En gros, entre la fin de la veine prolifique de « Mythologies Quotidiennes », l’exposition fondatrice du mouvement (1964) et 1969. Une période qui risque de perturber les amateurs des fresques généreuses de Télémaque, tant elle est économe en objets visuels ou réductrice dans les formats. C’est aussi un moment où l’artiste introduit des objets réels dans ses toiles. D’où le nom donné à l’exposition, « Combine Painting », une référence évidente à Rauschenberg, dont on rappelle qu’il obtint le Lion d’or de la Biennale de Venise en 1964. Ainsi, un sac, une pantoufle, un saucisson ne sont-ils plus simplement représentés, mais présents physiquement sur le tableau. D’autres œuvres tirent plus du côté de l’installation que du « Combine ». Deux tableaux se voient ainsi complétés par une baguette de bois fixée sur le bas, sur laquelle tourne un torchon. Télémaque explique, dans un entretien daté de 1990, qu’à cette époque il voulait « sortir de l’accumulation pop, avec le désir de mettre de l’ordre » et que cela passait par un « changement de technique ». L’artiste est coutumier de ces expérimentations nouvelles tout en restant fidèle à une figuration plus ou moins explicite qui lui permet d’exprimer les thèmes qui lui sont chers. À commencer par le racisme qu’il a rencontré à New York après avoir quitté son Haïti natal. Et plus encore le voyage, objet en particulier d’une superbe vue d’hélices de bateau, aux accents très matissiens.

« Hervé Télémaque, Combine Painting 1965-1969 », galerie Louis Carré, 10, avenue de Messine, Paris VIIIe, www.louiscarre.fr, jusqu’au 7 novembre 2009.

Légende Photo : Hervé Télémaque, La Girouette. 1969. Acrylique sur toile et objet. 97 x 259,5 cm - &copy Galerie Louis Carré & Cie;

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°617 du 1 octobre 2009, avec le titre suivant : Télémaque s’économise

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