Tableaux, meubles et accessoires révèlent la richesse des palais italiens des XVe et XVIe siècles

Par Sophie Flouquet · L'ŒIL

Le 1 novembre 2006

Les œuvres présentées dans l’exposition se classent en deux catégories : les éléments faisant partie intégrante de l’aménagement intérieur et les œuvres à vocation documentaire. Parmi les premiers, le mobilier joue une importance de premier ordre, même si les meubles de la Renaissance ont été longtemps discrédités du fait de l’existence, sur le marché de l’art, de nombreux faux.
 
Le coffre nuptial
L’une des formes les plus populaires d’Italie entre les XIVe et XVIe siècle, est le coffre ou cassone. Héritier de la tradition médiévale, il est portatif et permet de conserver des biens de valeur. Il peut également faire office de siège. Sa forme oblongue, très simple, évolue peu, contrairement à la structure de son décor.
Décoré, au XVe siècle, d’intarsia ou de peintures, il adopte très souvent, dans le courant du XVIe siècle, une forme architecturée ou inspirée des sarcophages romains. Offert généralement aux jeunes femmes en présent de mariage, le cassone adopte une iconographie qui s’inspire souvent des thèmes de l’amour ou des vertus conjugales.
Il peut aussi s’enrichir de putti ou des armes de la famille, comme sur cet exemple aux armes des familles florentines Rossi et Pitti (1480, musée Horne, Florence).
Le tableau du maniériste Lambert Sustris (vers 1515-1568), Vénus dans sa chambre (vers 1548), nous procure une image de l’un de ces coffres associés à l’univers féminin. Néerlandais, Sustris fit en effet toute sa carrière dans le milieu italien, à Padoue et Venise. Reprenant la tradition des célèbres Vénus de Titien (lire p. 49) — dans l’atelier duquel Sustris se forma — la toile est composée autour d’une figure féminine nue, prenant place dans un intérieur moderne. Au second plan, plusieurs figures s’affairent dans un cabinet de musique décoré à l’antique. L’ensemble ouvre sur un portique, l’un des éléments caractéristiques de la maison vénitienne.
À Florence, c’est le studiolo ou cabinet de travail qui symbolise souvent la réussite du propriétaire, et concentre les principaux chefs-d’œuvre de la maison. En témoigne ce célébrissime Saint Jérôme dans son cabinet de travail (vers 1475) dû au pinceau d’Antonello da Messina (vers 1430-1479), l’un des précurseurs de l’utilisation de la technique de l’huile en Italie.
La figure de l’intellectuel isolé dans son cabinet entre en effet en résonance avec les préoccupations des humanistes. Son cabinet est ici isolé dans un vaste espace évoquant une église gothique. La minutie de la description relève de la tradition flamande. Elle permet aussi d’offrir une image du studiolo du xve siècle, encombré de livres et d’objets scientifiques. Rapidement, ce dernier sera transformé, dans certaines demeures, en véritable cabinet de curiosités.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°585 du 1 novembre 2006, avec le titre suivant : Tableaux, meubles et accessoires révèlent la richesse des palais italiens des XVe et XVIe siècles

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