Sur les pas de Sisley

Lyon consacre une grande rétrospective à l’impressionniste

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 25 octobre 2002

Figure emblématique du mouvement impressionniste, Alfred Sisley s’est presque exclusivement consacré aux paysages des bords de la Seine ou du Loing, qu’il a déclinés au fil du temps et des saisons. À travers une sélection de quelque soixante-treize peintures, le Musée des beaux-arts de Lyon retrace la carrière de l’artiste depuis ses débuts dans les années 1860, jusqu’à sa mort en 1899. Intelligemment conçu,
le parcours révèle une œuvre profondément inégale.

LYON - Dans les années 1860, comme ses prédécesseurs, les peintres de Barbizon, Alfred Sisley part à la découverte de la forêt de Fontainebleau et de ses environs. Il peint notamment Rue de village à Marlotte, près de Fontainebleau (1866), dont la forte diagonale de la route – entraînant l’œil vers la figure solitaire du bûcheron –, et les bâtiments solidement ancrés dans la composition par le jeu de clair-obscur annoncent quelques-unes des caractéristiques majeures de son œuvre. Présentée en introduction à l’exposition du Musée des beaux-arts de Lyon, la toile constitue, avec neuf autres tableaux, un des rares témoignages des premiers travaux de Sisley, détruits pour la plupart lors de la guerre de 1870. À l’image de l’Allée de châtaigniers près de La Celle-Saint-Cloud, ses premières peintures attestent des influences de Corot, mais aussi de Renoir, de Monet et de Pissarro. Dans les années 1870, installé à Louveciennes (Yvelines), Sisley met en place sa manière habituelle de travailler et expérimente certains aspects de la future esthétique impressionniste. Dans ses paysages hivernaux, tel L’Abreuvoir à Marly-le-Roi (1876), il utilise des tons bleus ou violet pour rehausser le blanc de la neige et signifier au mieux la sensation d’un froid saisissant. Contrairement à la plupart des impressionnistes, Sisley évite les sujets purement urbains. Il préfère rejeter la cité au dernier plan et faire de la Seine ou du canal Saint-Martin son thème principal. Motif récurrent de ses toiles, le chemin invite à pénétrer son univers, à emprunter la Route de Prunay à Bougival (1874), la Rue de village (1874) avoisinant l’Ouest parisien ou le Chemin de Montbuisson à Louveciennes (1875). Dans ces différentes compositions, soigneusement structurées, la courbe de la route conduit le regard au centre du paysage, souvent inondé d’une douce lumière.

La passion du ciel
Calme et silencieuse, la nature de Sisley n’est pas sauvage : la figure humaine y est omniprésente. Dans les champs, les chemins, les jardins, les vergers ou sur les routes, apparaissent régulièrement les silhouettes d’hommes et de femmes, obtenues par de petites touches de peinture souvent surajoutées à un paysage achevé. Perdus dans un décor crépusculaire, les amoureux des Environs de Louveciennes – le Couple (1873) sont à la fois une évocation de l’hiver et une métaphore du parcours de la vie. À l’instar de Constable, Sisley se passionne pour les variations du ciel, qui révèlent l’esprit et l’atmosphère de ses compositions. “C’est le ciel qui doit être le moyen (le ciel ne peut pas n’être qu’un fond)... Je commence toujours une toile par le ciel”, écrit-il en 1892. En rupture avec la subtilité des tableaux impressionnistes, les toiles exécutées après 1880 – date à laquelle il s’installe non loin de Moret-sur-Loing (Seine-et-Marne) – marquent une rupture dans son œuvre. Il crée de nouveaux paysages dont le style semble moins soigné et les couleurs plus aléatoires. Il fait davantage ressortir la structure des tableaux, en différenciant chaque plan par un type de touche particulier : de forts empâtements contrastent avec des touches plus fines, comme dans Un Soir à Moret – Fin d’octobre (1888). Les nouvelles techniques de Sisley n’échappe pas à Octave Mirbeau qui, en 1892, déplore le travail postérieur à 1880 : “Son pinceau s’amollit, son dessin se relâche. Un découragement circule à travers son œuvre [...] Les toiles qu’il nous offre aujourd’hui ne sont plus qu’un écho lointain, affaibli, de celles, si jolies, si jeunes, si vivantes que je revois au fond de mes souvenirs enthousiastes et déjà vieux !"

ALFRED SISLEY, POÈTE DE L’IMPRESSIONNISME

Jusqu’au 6 janvier, Musée des beaux-arts de Lyon, 20 place des Terreaux, 69001 Lyon, tél. 04 72 10 17 40, tlj sauf mardi, 10h-18h et 10h30-20h le vendredi. Catalogue, RMN, 415 p., 42 euros.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°157 du 25 octobre 2002, avec le titre suivant : Sur les pas de Sisley

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