Mercredi 11 décembre 2019

Art ancien

Spectaculaire exposition Dürer à Vienne

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 3 novembre 2019 - 750 mots

VIENNE / AUTRICHE

Le Musée Albertina expose sa collection de dessins, gravures et peintures de l’artiste allemand (1471-1528), complétée par des prêts internationaux. Attention, chefs-d’œuvre.

Albrecht Dürer, Vieil homme de 93 ans, 1521, 41,5 x 28,2 cm, The Albertina museum © Photo Nikolaus Graeser
Albrecht Dürer, Vieil homme de 93 ans, 1521, 41,5 x 28,2 cm
© Photo Nikolaus Graeser
Courtesy The Albertina museum

En mai 1471, à Nuremberg en Allemagne, Albrecht et Barbara donnent naissance à un garçon, le troisième d’une fratrie de dix-huit frères et sœurs. L’enfant reçoit le prénom de son père. Albrecht « l’ancien » donne donc la vie à Albrecht « le jeune », comme pour forcer le destin à lui transmettre son héritage : l’orfèvrerie. La fortune fera mieux que cela : plus que de faire de lui un orfèvre, elle fera du jeune Albrecht un artiste, l’un des meilleurs de son temps, de tous les temps, inscrivant son nom dans le marbre de l’histoire de l’art. Si l’on imagine l’orfèvre bosselant et incisant le métal, l’artisan pratique au XVe siècle aussi le dessin. Dürer père, lui-même, avait appris à dessiner dans la plus pure tradition des maîtres flamands, celle de Van Eyck, un savoir qu’il transmit à son fils. Mais celui-ci était tellement doué, que Dürer père dut se résigner à accepter la vocation de son fils, et l’autoriser à intégrer l’atelier de Michael Wolgemut, un peintre renommé de Nuremberg. Comme Léonard avec Verrocchio, le jeune Dürer allait très vite dépasser le maître.

Une curiosité insatiable

En 1490, une fois sa formation terminée, le jeune homme part, comme le veut la tradition, découvrir le monde et ses artistes. À Colmar, il arrive trop tard ; il ne rencontre pas Martin Schongauer qui vient, hélas, de rendre l’âme. Il lui faut donc pousser plus loin, à Bâle, Strasbourg, premières étapes de voyages successifs qui le mèneront, sa vie durant, aux Pays-Bas et en Italie, et qui lui feront notamment se lier d’amitié avec Giovanni Bellini, à Venise. On l’oublie parfois, mais à l’époque, déjà, l’art circule et ses artistes aussi. Ses voyages lui font entrevoir l’humanisme naissant qui veut qu’un peintre ne tienne pas seulement ses pinceaux, mais qu’il soit aussi mathématicien, poète, théoricien, etc. Comme Léonard, Dürer sera tout cela à la fois. Et comme Léonard, « le jeune » entrera au service des puissants en devenant en 1512 le peintre de l’empereur Maximilien Ier, pour lequel il gravera dans le bois un arc de triomphe de plus de trois mètres. Maximilien, en reconnaissance de ses talents, lui allouera une rente certes modeste, mais à vie, que Charles Quint fera perdurer après sa mort. Désireux de tout voir, de tout savoir, Dürer le jeune dessine tout dans ses carnets de voyages avec une exactitude, une vérité, remarquables. Réalisée d’après nature, son étude d’un Jeune Lièvre ne demande qu’à s’échapper de la feuille qui retient l’animal prisonnier. Dürer y a dessiné chaque poil du pelage, comme il a pris soin de dessiner chaque plume et le sang encore frais dans son étude d’une aile d’oiseau. Mais d’avoir trop vu le monde, Dürer finit par tomber malade. Il ferme les yeux en 1528, léguant à l’histoire des centaines de peintures et de gravures sur bois et sur cuivre, ainsi que plusieurs milliers de dessins. « Tout ce qui fut mortel en Albrecht Dürer est renfermé dans ce tombeau », est-il inscrit sur sa tombe à Nuremberg. Le reste, c’est-à-dire son art, lui, vit pour l’éternité, notamment au Musée Albertina à Vienne, qui conserve, avec près de 140 dessins, la plus importante collection d’œuvres de l’artiste au monde. Celle-ci provient directement de l’atelier de l’artiste, passée par la collection de l’empereur Rodolphe II, à Prague, avant de rejoindre l’Albertina. Elle est présentée jusqu’au 6 janvier 2020 dans une exposition exceptionnelle.

La figure de Dürer au musée du Louvre 

Albrecht Dürer le jeune réalise son premier autoportrait en 1484. Dans ce dessin à la pointe d’argent, l’artiste se représente de trois-quarts, le doigt tendu. Ce dessin montre l’excellente technique acquise par l’artiste alors âgé de 13 ans. Il montre aussi la conscience déjà fine de Dürer le jeune de sa qualité d’artiste, et non plus d’artisan. Cet Autoportrait est le premier d’une série qui verra l’artiste se représenter devant le miroir jusqu’à sa mort. En 1493, par exemple, il se peint tenant un chardon, symbole du mariage – il vient de se marier avec Agnès Frey – et de la passion, autoportrait aujourd’hui considéré comme le premier de la Renaissance allemande. Ce tableau, un parchemin collé sur toile, est actuellement visible dans l’exposition « Figure d’artiste », au Louvre, qui montre comment, à travers la signature, les « vies » d’artistes et l’autoportrait, le créateur passe du statut d’artisan au Moyen Âge à celui d’artiste à la Renaissance.
 

Fabien Simode

« Albrecht Dürer »,
jusqu’au 6 janvier 2020. Musée Albertina, Albertinaplatz 1, Vienne (Autriche). Tous les jours de 10 h à 18 h, jusqu’à 21 h le mercredi et le vendredi. Tarifs : 17,90 et 11,90 €. Commissaire : Christof Metzger. www.albertina.at

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°728 du 1 novembre 2019, avec le titre suivant : Spectaculaire exposition Dürer à Vienne

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