Royaume-Uni - Art ancien

Londres (Grande-Bretagne)

Souriez, vous êtes portraiturés

National Gallery – Jusqu’au 21 janvier 2024

Par Itzhak Goldberg · L'ŒIL

Le 25 octobre 2023 - 395 mots

Caractères. -  En parcourant l’exposition de Frans Hals – magnifique –, le visiteur a l’impression de retrouver de vieux amis, tant certaines images iconiques de l’artiste néerlandais, comme La Bohémienne (1632), reproduites à l’infini, font désormais partie du répertoire artistique universel.

D’autre part, ses portraits, et c’est leur particularité, donnent l’impression de s’adresser directement à tous et à chacun. Certes, ceux que le peintre réalise à ses débuts s’inscrivent encore dans la tradition nordique. Sombres, sur un fond noir, les personnages entourés d’une série d’accessoires, le plus souvent d’ordre vestimentaire, qui permettent d’identifier leur position sociale, gardent encore la dignité due à leur rang. Légèrement en retrait, le regard dirigé vers un ailleurs, ils ignorent leurs contemporains (Portrait d’un homme tenant un crâne, 1612, ou Portrait de Willem van Heythuysen, 1625). Rapidement toutefois, Hals prend ses distances avec la manière officielle de figurer ses commanditaires. Présentés dans des attitudes plus spontanées, ils affichent souvent un sourire ou même un rire contagieux. L’exemple le plus spectaculaire est celui de Pieter van den Broecke (1633), où le marchand, situé au premier plan, semble pratiquement s’échapper de l’espace de la toile et se diriger vers le spectateur. Pour comprendre cette évolution, une salle du musée met en scène une série d’effigies qui n’appartiennent pas à la classe sociale ayant droit au portrait. Ainsi, Le Joueur de rommelpot (1620), un musicien de rue, est représenté accompagné d’enfants qui, comme lui, ont des expressions joyeuses. Ailleurs, c’est Le Joueur de luth (1624), au sourire narquois. Même si les images de ces individus ordinaires sont celles de personnages types plutôt que de véritables portraits, on constate que Hals va désormais appliquer la même souplesse de traitement pour l’ensemble de son œuvre. Pourtant, si ses représentations restent parfaitement reconnaissables, cette ressemblance ne se situe pas dans des détails précis, mais dans des traits suggérés par des touches rapides, impressionnistes en quelque sorte. Il est impossible de ne pas songer au pinceau énergique de Rubens, une source d’inspiration de Hals. Finissons toutefois sur Rembrandt, dont la gloire – justifiée – continue à projeter une ombre géante sur son confrère. Cependant, quand ce maître du clair-obscur a choisi de mettre en évidence le drame humain, de guetter les sentiments intimes cachés, Hals préfère faire apparaître des expressions moins graves sur les visages. L’un et l’autre partagent néanmoins un point commun : le refus de l’indifférence.

« Frans Hals »,
National Gallery, Trafalgar Square, Londres (Royaume-Uni), www.nationalgallery.org.uk

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°769 du 1 novembre 2023, avec le titre suivant : Souriez, vous êtes portraiturés

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