Vendredi 14 décembre 2018

Londres (Grande-Bretagne)

Séduite par l’art, pas par l’exposition

National Gallery - Jusqu’au 20 janvier 2013

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 17 décembre 2012 - 340 mots

La National Gallery de Londres, temple de la peinture, dont les collections comportent quelques chefs-d’œuvre absolus signés Holbein (Les Ambassadeurs) ou Van Gogh (Les Tournesols), ne pouvait consacrer sa première véritable exposition de photographie qu’aux liens qui unissent cette dernière aux… beaux-arts.

Non sans une certaine provocation parfaitement assumée, sinon même revendiquée, « Séduite par l’art, la photographie au passé et au présent » entend montrer comment la photographie a cherché sa légitimité dans la peinture – ses sujets, ses compositions…  –, et comment elle la chercherait encore, ce qui est plus discutable. Ainsi présente-t-elle dès la première salle La Chambre détruite (1978) de Jeff Wall à côté de La Mort de Sardanapale de Delacroix – en réalité une copie de Frédéric Villot. Objectif : révéler comment Wall s’est inspiré de Delacroix.
Et l’exposition de dérouler salle après salle ce petit jeu de rapprochements formels abêtissants : le portrait d’un couple de Britanniques de Martin Parr (Les Signes du temps, 1991) à côté de Mr et Mrs Andrews (1750) de Gainsborough ; les angelots photographiés par Rejlander en 1857 à côté de leurs modèles dans la Madone Sixtine de Raphaël – là encore une copie ; une photo d’une scène de guerre de Luc Delahaye à côté d’une bataille de Vernet… dans un découpage délibérément traditionnel (portraits, paysages…) assez ennuyeux.

Certes la photographie a été (et reste) séduite par la peinture, de nombreuses études l’ont souligné ; mais l’inverse est aussi vrai, ainsi qu’en témoigne la photo de Durieu dont s’est inspiré Delacroix. Et si la relation entre les deux était finalement plus complexe ? Quand Vernet peut synthétiser les différentes actions d’une bataille sur sa toile, Fenton doit faire rejouer la guerre pour la photographier, son outil étant trop lent pour capter l’instantanéité du conflit. Lorsque Delahaye le peut enfin, c’est la guerre qui a perdu de sa photogénie. Certes, Delahaye connaît ses années, mais ses enjeux sont tout autres.

Voir « Séduite par l’art, la photographie au passé et au présent »

National Gallery, Trafalgar Square, Londres (Grande-Bretagne), www.nationalgallery.org.uk

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°653 du 1 janvier 2013, avec le titre suivant : Séduite par l’art, pas par l’exposition

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