Royal Academy : Braque, les derniers feux

Cinquante peintures des vingt dernières années

Le Journal des Arts

Le 5 novembre 2009

Alors qu’un rapport accablant sur sa gestion financière vient d’être remis, la Royal Academy de Londres expose les ultimes compositions de Georges Braque. Cette nouvelle analyse de la fin de la carrière de l’artiste entend démontrer que les peintures de grand format exécutées au cours des vingt dernières années de sa vie – Ateliers, Intérieurs, Billards… – constituent le point culminant de son œuvre.

LONDRES (de notre correspondant) - Le "dernier" Braque mérite-t-il une définition aussi irréfutable et aussi distincte que le dernier Picasso ou le dernier Matisse ? Telle est la question que pose l’exposition de la Royal Academy of Arts, qui sera présentée pour la seconde et dernière fois à la Menil Collection à Houston.

Le sujet a déjà été abordé au moins à deux reprises. Une première fois à l’occasion d’une rétrospective organisée à l’initiative de la galerie Knœdler à New York, en 1964, un an après la mort de l’artiste. Intitulée "Georges Braque : un hommage américain", John Richardson avait à l’époque choisi de répartir les œuvres chronologiquement entre plusieurs galeries privées. La seconde à Washington en 1985, à la Phillips Collection, où une petite exposition montée à partir du fonds du musée explorait exactement la même période d’activité du peintre, à savoir les vingt dernières années de sa longue carrière.

L’exposition actuelle entend néanmoins me­ner une analyse plus ambitieuse à tous points de vue. Elle est plus complète, puisqu’elle comprend environ cinquante peintures, et milite avec davantage de vigueur en faveur d’une reconnaissance de la qualité de ces ultimes re­cherches. Le commissaire, John Golding, n’a cependant sélectionné ni sculptures, ni estampes, deux domaines dans lesquels l’activité de Braque était alors considérable.

À propos des Ateliers, les compositions de grandes dimensions auxquelles Braque a travaillé de 1949 à 1956, John Golding écrit : "Il faut continuer à considérer le rôle essentiel joué par Braque dans l’invention du Cubisme comme son action la plus décisive sur l’art du XXe siècle. Mais pour ce qui concerne l’évolution de son art personnel – qui a, dans l’ensemble, subi remarquablement peu d’influences extérieures –, il convient de tenir les derniers Ateliers pour l’aboutissement suprême de son œuvre." Et de conclure : "Ils comptent au nombre des œuvres les plus emblématiques du siècle, de celles qui lancent un véritable défi." Pour illustrer sa thèse, John Golding a obtenu le prêt de six des huit toiles de cette série, un fait sans précédent. Manquent à l’appel Atelier I (1949, collection particulière), une toile de format vertical aux dimensions plus modestes, considérée par l’artiste comme un "hors série", et Atelier III (1949), aujourd’hui dans la collection Sacher à Bâle. Ces œuvres, comme celles des séries Intérieurs et Billards (1944-1949) qui sont exposées, témoignent de la redécouverte par Braque des ambiguïtés spatiales du Cubisme, notamment des papiers collés, ainsi que son intérêt pour l’iconographie de Matisse qui, dès 1911, a fait de l’atelier un sujet privilégié.

GEORGES BRAQUE : LES DERNIÈRES ANNÉES, 23 janvier-6 avril, Royal Academy of Arts, Burlington House-Piccadilly, Londres, tél. 171 439 74 38, tlj sauf jours fériés 10h-18h. Puis à la Menil Collection, Houston, 2 mai-31 août.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°32 du 1 janvier 1997, avec le titre suivant : Royal Academy : Braque, les derniers feux

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