Lundi 24 septembre 2018

Rouault

Le chemin de croix d'un moderne

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 décembre 2006 - 384 mots

Quatorze ans après le Centre Pompidou, le musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg célèbre le peintre Georges Rouault, figure majeure d’un expressionnisme à la française.

Il y avait à la fin du XIXe siècle, à l’École des beaux-arts de Paris, un atelier dont le maître attirait à lui de très nombreux artistes : c’était celui de Gustave Moreau. Matisse, Marquet et quelques autres y puisèrent le ferment d’une esthétique nouvelle, libérée des canons en usage. Georges Rouault (1871-1958) y séjourna de 1892 à 1895.

Dans l’atelier du maître Gustave Moreau
D’origine modeste, né à Paris dans un milieu d’artisans chrétiens, Rouault s’engage à quatorze ans comme apprenti chez un restaurateur de vitraux. Il y apprend notamment l’art d’assembler les plombs. Dès lors qu’il aura fait le choix de la peinture, cette expérience déterminera pour une bonne part son style. Sa fréquentation de l’atelier de Moreau ne pouvait que l’entraîner à orienter ses recherches en quête de luminosité et d’un usage symbolique des couleurs.
Cofondateur du Salon d’automne en 1903, il y figure deux ans plus tard dans la fameuse salle dite « des fauves ». Rebelle à toute étiquette, Rouault suit son chemin en parallèle de l’expressionnisme ambiant. Sensible à la cause des plus faibles, il développe tout d’abord une œuvre sur papier, brossée à la hâte, où filles de joie et gens du cirque s’opposent à tout un monde de juges féroces et de bourgeois nantis.

Du trivial et du spirituel dans l’art de Georges Rouault
Après la Première Guerre mondiale, il reprend la peinture, traite sujets religieux et triviaux dans une même matière épaisse, entourant ses figures d’un puissant cerne noir. S’il contribue à renouveler l’iconographie de la peinture chrétienne, il ne cesse jamais de rester au plus proche de l’humain, consacrant parfois son talent à la figuration de paysages sobres et puissants.
Célébrée à la Biennale de Venise en 1948, l’œuvre de Georges Rouault qui y dispose d’une salle entière a marqué l’histoire du xxe siècle d’un sceau particulier. Cette année-là, le peintre fait un inventaire de son œuvre et, comme il juge que certains de ses tableaux sont imparfaits, décide d’en brûler pas moins de trois cents. Ce faisant, Rouault tenait à dire la totale liberté de l’artiste face à son œuvre et la haute considération qu’il avait de la création.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°586 du 1 décembre 2006, avec le titre suivant : Rouault

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