Vendredi 14 décembre 2018

Ricard-Cordingley

Par Bertrand Dumas · L'ŒIL

Le 27 septembre 2007 - 411 mots

Cap sur Brest. Le musée de la Marine expose tableaux et aquarelles de Georges Ricard-Cordingley, « le seul peintre de marines qui ait vu le jour à Lyon », d’après l’historien Pierre Miquel. Son diplôme des Beaux-Arts en poche, Georges Ricard quitte, en 1892, sa province natale pour l’Angleterre, où il accole à son nom le patronyme de sa mère, d’origine britannique. Au contact de l’école anglaise, le portraitiste mondain, peint ses premières marines. Le succès est immédiat. La reine Victoria passe commande à l’artiste, lui assurant outre-manche un succès durable dans ce domaine.
Cependant, à vingt-cinq ans, au sommet de sa réussite, le peintre embarque à bord d’un navire hauturier pour s’éloigner de cette vie facile. Le vaisseau échoue au pied des falaises de Terre-Neuve. Le naufragé n’a pas tout perdu. Sur les flots, il a pris acte de sa vocation : « peindre la mer sous tous ses aspects ».
Peintre du littoral, Ricard-Cordingley eut deux ports d’attache. À Boulogne-sur-Mer, puis à Cannes, le peintre représente avec la même attention les effets atmosphériques sur l’eau. Des brumes matinales de la mer du Nord aux brumes crépusculaires de la Côte d’Azur, il existe un lien subtil qui, selon Pierre Miquel, tient au « bilinguisme artistique » du peintre lyonnais, émancipé en Angleterre.
Cette idée trouve sa plus nette expression dans la palette même du peintre, surnommé de son vivant « le peintre des gris colorés ». On retrouve, d’après l’historien d’art, ces tons dans le style nuancé des deux écoles et dans l’atmosphère des deux villes, Lyon et Londres. Ses aquarelles, plus chatoyantes que ses peintures, doivent autant à Constable qu’à Auguste Ravier.
À la fin de sa vie, le peintre s’installe au Canet. Après un intermède parisien, Ricard-Cordingley retrouve sur la Côte d’Azur le contact de la mer et les motifs du littoral. Avec l’âge, l’artiste sexagénaire préfère les frêles ondulations de la grande bleue aux caprices de la mer du Nord, où il passa son enfance. À la lumière du Sud, le peintre réchauffe ses couleurs qui donnent à ses compositions une anthropo-sphère de plus en plus douce et sereine.
Le Calme devant le Suquet (Cannes), huile sur toile de 1938, illustre bien cette recherche ultime d’harmonie dans laquelle se fondent les éléments naturels : l’eau, la terre et le ciel. À la faveur de cette synthèse atmosphérique, l’œil se repose à l’horizon.

« Georges Ricard-Cordingley (1873-1939), rétrospective », Musée national de la Marine, Château de Brest (29), tél. 02 98 22 12 39, www.musee-marine.fr, jusqu’au 31 décembre 2007.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°595 du 1 octobre 2007, avec le titre suivant : Ricard-Cordingley

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