Rétrospective Schuh...

La redécouverte d’un auteur

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 23 février 2010

Îles des dieux, succès éditorial en son temps (treize éditions), sorti en 1941, est-il le récit d’un explorateur ou l’album de voyage d’un photographe ?

À lire le texte signé d’un certain Gotthard Schuh, à propos d’un voyage de onze mois qui le conduisit en 1938 et 1939 sur les îles de Java, Sumatra et Bali, cela ne fait aucun doute : il s’agit du récit d’un voyageur. « Magie de la première heure dans une région du globe inconnue ! », peut-on lire ici, et ailleurs cette autre envolée : « Depuis le jour où Gauguin montra […] ses toiles de Tahiti, nulle île de civilisation originale n’a excité l’esprit des artistes et des intellectuels rassasiés de l’Europe comme ce "dernier paradis sur terre" […], l’île de Bali. »
 
Mais voilà, il s’agirait d’un simple récit de voyage, autant géographique qu’intérieur, si le texte n’était pas accompagné par cent trente-trois clichés noir et blanc d’une sensibilité rare, rapportés par ce même Schuh. Parmi ces images, quelques paysages et vues aériennes, mais surtout une kyrielle de portraits, de vues de cérémonies traditionnelles et de scènes de rue, comme cet enfant jouant aux billes sur l’île de Java. Cliché fort célèbre en son temps puisque, retenu par Steichen pour figurer dans l’exposition « The Family of Man », il a incarné l’esprit humaniste d’après-guerre.

Alors, Gotthard Schuh, explorateur ou photographe ? Plutôt photoreporter, et un bon, dont le nom ne parle plus aujourd’hui parce qu’injustement oublié. Ce Suisse, né en 1897 et mort en 1969, appartient à la génération des pionniers du photoreportage venus à l’image fixe au début des années 1930. Loin des préoccupations formelles des avant-gardes, ce compatriote de Werner Bischof s’est distingué par ses reportages sociaux, dont provient le portrait de mineur ci-contre, et politiques – la visite de Mussolini à Hitler en 1937 – que lui commandèrent les grands journaux illustrés de l’époque : VU, Paris-Match, Life et Neue Zürcher Zeitung.
 
En 1950, avec Paul Senn, Walter Läubli, Jakob Tuggener et Bischof, Schuh créa le Collège des photographes suisses, lequel fut rejoint par Robert Frank, qui revendiquait une photographie d’auteur. Un auteur justement, c’est ce que devrait faire redécouvrir la rétrospective Gotthard Schuh qui, partie de Zürich, prend ses quartiers pour trois mois au musée Niépce, à Chalon-sur-Saône.

Voir

« Gotthard Schuh, une approche amoureuse », musée Nicéphore Niépce, 28, quai des Messageries, Chalon-sur-Saône (71), www.museeniepce.com, jusqu’au 30 mai 2010.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°622 du 1 mars 2010, avec le titre suivant : Rétrospective Schuh...

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