Retour à l’antique

Le Palazzo Reale de Milan accueille les néoclassiques

Le Journal des Arts

Le 8 février 2002

À l’issue d’une longue période de restauration,
le Palais royal de Milan ouvre ses fastueuses salles à l’exposition “Le néoclassicisme en Italie. De Tiepolo à Canova”?. Plus de 400 pièces parmi lesquelles de nombreux chefs-d’œuvre d’artistes de cours italiennes et européennes illustrent le tournant artistique de la seconde moitié du XVIIIe siècle. De Vernet à Canova, en passant par les manufactures italiennes, un large ensemble
de peintures, sculptures et arts décoratifs mettent en lumière une sensibilité naissante
à l’Antiquité.

Milan (de notre correspondante) - Siège du pouvoir des Torriani, des Visconti et des Sforza, le Palais royal de Milan prit à la fin du XVIIIe siècle un nouvel aspect grâce à Marie-Thérèse, impératrice d’Autriche. Giuseppe Piermarini, architecte de la cour, adapta le goût néoclassique naissant à ce palais vétuste qui devint ainsi l’un des plus fastueux d’Europe, notamment renommé pour la salle de bal, dite salle des Cariatides, où les Fastes de Napoléon d’Appiani resplendissaient. Certaines des salles restaurées à la suite des bombardements d’août 1943 et inaugurées récemment accueillent “Le néoclassicisme en Italie. De Tiepolo à Canova”. Réunissant plus de 400 pièces prêtées par de nombreux musées ainsi que par de grands collectionneurs privés, l’exposition reconstitue pour la première fois, et dans de vastes proportions, la culture visuelle de la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Ce mouvement marqué par la fin du Baroque et le goût grandiloquent de l’empereur, est né d’un regain de passion pour l’Antiquité et pour le caractère classique de l’œuvre de Raphaël. Véritables dieux tutélaires de ce nouveau style, Giambattista Tiepolo et Antonio Canova, figures majeures du mouvement néoclassique, sont présentés tout au long de l’exposition. Proposant une relecture de la période, les commissaires de l’exposition ont jugé que le Néoclassicisme ne s’oppose pas catégoriquement au Baroque ni au Romantisme qui lui succède. Tiepolo, ami de Francesco Algarotti, et vulgarisateur de la doctrine de Newton, utilise dans ses tableaux les principes physiques de la lumière, élaborés par le scientifique anglais depuis les années 1740.

La mythologie, remise au goût du jour
Aux vedute argentées de Bernardo Bellotto (qui travaillait à Dresde comme Algarotti), aux œuvres inspirées des anciens et mises au goût du jour de Pompeo Batoni et de Giovanni Paolo Pannini (dont deux proviennent de la collection Harrach de Vienne), s’ajoutent celles des pontifes du Néoclassicisme. En premier lieu vient Raphaël Mengs, avec un portrait inédit du neveu de Clément XIII Rezzonico, promoteur du nouveau style et mécène de Canova et de Giovanni Battista Piranesi. Amour et Psyché d’Angelica Kauffmann côtoye un tableau de Felice Giani traitant d’un sujet identique et peint durant les mêmes années. D’autres thèmes chers à l’époque y sont également évoqués, comme la mythologie, remise au goût du jour avec la redécouverte d’Homère. Sont également montrées les œuvres de Giovanni Battista Lampi, Jacques-Louis David et ses disciples, Goya et Appiani. Au nombre des surprises figurent les tableaux de Johan H. Tischbein, directeur de l’Académie de Naples, jusqu’alors seulement connu pour son Portrait de Goethe, et qui se révèle ici un peintre de grande qualité. Dans la majestueuse salle des Cariatides sont présentées les œuvres d’Antonio Canova : la spectaculaire série de bas-reliefs et de détrempes provenant de la Fondation Cariplo, la Madeleine pénitente de Gênes, ainsi que les Stèles Mellerio, achevées en Sicile et exposées à Milan pour la première fois. Très nombreux au sein de l’exposition, les artistes étrangers, que le Grand Tour menait en Italie, ont largement contribué au développement et à la diffusion du nouveau style en dehors des frontières italiennes. Outre la peinture et la sculpture, les souverains de l’époque ont notamment encouragé la naissance des manufactures de cour où toutes sortes de techniques sont utilisées : bronze, argenterie, tapisserie, ébénisterie, mosaïque de pierre dure puis en porcelaine, en usage peu de temps auparavant à Dresde. Parmi les meubles exposés, les ouvrages en marqueterie du Milanais Maggiolini, les pièces sculptées par Bonzanigo, les meubles conçus à Parme par Petitot et ceux dessinés par Piranesi rivalisent de maestria. Porcelaines et biscuits des manufactures italiennes – notamment le spectaculaire surtout de table en biscuit, chef-d’œuvre de Volpato, récemment acquis par le Musée de Bassano – démontrent l’ampleur prise par le mouvement dans la Péninsule et le goût des souverains pour ce style.

- Le néoclassicisme en Italie. De Tiepolo À Canova, jusqu’au 28 juillet, Palazzo Reale, Piazza Duomo 12, Milan, tél. 39 02 88 45 02 92, tlj sauf lundi 9h30-19h30.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°142 du 8 février 2002, avec le titre suivant : Retour à l’antique

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