Mercredi 28 octobre 2020

Paris 4e

Qui rira bien le dernier

Maison de Victor Hugo Jusqu’au 31 août 2014

Par Virginie Duchesne · L'ŒIL

Le 16 mai 2014 - 338 mots

Sortie de sa torpeur, la Maison de Victor Hugo présente depuis trois ans de pertinentes expositions autour de l’œuvre de son illustre propriétaire.

C’est le cas de « L’âme a-t-elle un visage ? », qui s’attache au roman L’Homme qui rit et à la fortune de Gwynplaine, son héros à la balafre souriante, au cours des XXe et XXIe siècles. Trop hugolien, ce roman connut un retentissant échec à sa sortie en 1869 : incompréhensible pour la critique qui le traduisit pour mieux le caricaturer. Ses personnages renaissent en revanche aux siècles suivants sur les planches de BD, de théâtre et au cinéma. Et ce, dès 1921 dans l’œil de la caméra autrichienne de Julius Herska, sous le titre de The Grinning Face. La diffusion d’un extrait à l’entrée de l’exposition jouxte le célèbre dessin du pendu tracé par Hugo en 1854, telle une réminiscence du condamné que voit Gwynplaine au début du film. Le rapprochement entre la noirceur du trait et le noir et blanc du film d’horreur muet est saisissant. L’adaptation cinématographique sied au monument ; la plus marquante reste celle de Paul Leni en 1928 et sa lecture expressionniste allemande. Son acteur, Conrad Veidt, maquillé par John Pierce, qui travailla également pour Frankenstein, inspira dix ans plus tard le sourire du Joker dans Batman. Remarquable retournement de valeurs cher à Hugo, quand la balafre de l’innocence inspire le sourire pervers du méchant ! Dans l’œuvre du bédéiste Nicolas Delestret (L’Homme qui rit, Glénat, 2003-2011), la cicatrice s’est muée en une terrifiante déformation faciale, une explosion de rire aux dents acérées. Dessins préparatoires, planches noir et blanc et couleurs donnent à voir la transcription progressive de l’univers hugolien pour un public actuel et la traduction du clair-obscur du roman en couleurs opérée par le dessinateur. Le parcours se referme sur les images du tournage du film de Jean-Pierre Améris avec Gérard Depardieu sorti en 2012 : la première adaptation cinématographique française du roman, ou l’histoire d’un désamour pour ce roman, que vient désinhiber cette intelligente exposition.

« L’âme a-t-elle un visage ? »

Maison de Victor Hugo, 6, place des Vosges, Paris-4e
maisonsvictorhugo.paris.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°669 du 1 juin 2014, avec le titre suivant : Qui rira bien le dernier

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