Conversation

Quand l’art rencontre la science

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 1 septembre 2015

Le Mudam organise, avec le soutien du Conservatoire national des arts et métiers, un dialogue réussi entre création et technique dans un parcours construit et limpide.

LUXEMBOURG - Vous êtes lassés des audioguides ? Alors suivez Guido. Il remplira peu ou prou la même fonction de délivrer des informations sur les œuvres visibles lors de votre visite, avec un aspect ludique en plus : Guido est un petit robot faisant office de guide d’un nouveau genre, capable d’engager un dialogue avec son auditoire (Guido, le robot guide, 2015). Imaginé par l’artiste Paul Granjon et développé avec le concours d’étudiants en art, commerce et ingénierie à Nancy, il officie au dernier niveau de l’ambitieuse exposition « Eppur si muove » (en français « Et pourtant elle tourne ») au Mudam à Luxembourg. Si Guido propose ses services là en particulier, c’est qu’il peut disserter sur certains de ses semblables, en particulier l’amusant renard électronique mis au point dans les années 1960 par l’un des pionniers de la cybernétique, Albert Ducrocq.

Éclairage technologique
Cybernétique, électronique et robotique sont d’ailleurs à l’honneur à cet étage, où le visiteur peut voir resurgir la figure de Stelarc – héros de la performance électronique qui se fit greffer un troisième bras robot –, mais aussi une étrange confrontation entre une version portable, dans une valise, de la Cloaca de Wim Delvoye et une machine à fumer de 1884 censée mesurer la combustibilité des feuilles de tabac en reproduisant les mouvements des fumeurs, soit deux moyens d’apprécier des formes de transit naturel.

Mais que viennent donc faire tous ces curieux objets mêlés à des œuvres d’art contemporain ?  « Simplement » éclairer un véritable dialogue, un intérêt constant de nombreux artistes pour les sciences et les facteurs techniques ou technologiques. Le Mudam s’est  associé au Conservatoire national des arts et métiers qui  y a manifestement pris plaisir, puisqu’au-delà de la participation de plusieurs de ses conservateurs à l’exposition – pas moins de huit membres des deux institutions ont joint leurs forces – il s’est séparé temporairement d’une cinquantaine d’objets qui viennent enchanter la manifestation.

En trois chapitres et quatorze sections, sont observés la mesure du temps et de l’espace, l’exploration de l’invisible et l’observation du monde, la représentation de l’univers, les phénomènes optiques ou acoustiques, la machine et les modes de production… Le propos n’y est nullement abscons et surtout l’on ne cherche pas à tout prix la démonstration par l’exemple de potentiels liens ou filiations en ligne directe. Simplement sont rapprochées, avec parfois plus d’un siècle d’écart, des communautés de points de vue ou tout du moins d’interrogations. Surtout, est abordée la grande diversité des relations établies par les artistes avec les sciences et techniques, qui peut-être visuelle, technologique, symbolique, entre autres…

L’exposition ne cherche pas à faire passer les artistes – Edith Dekyndt, Julien Berthier, Mel Bochner, Laurent Montaron, Ann Veronica Janssens, Francisco Tropa et bien d’autres – pour des scientifiques ou pour des passionnés de sciences ; même si certains semblent l’être, tel Michel Paysant, qui depuis longtemps développe de complexes recherches relatives à la possibilité même de l’image. Il expose ici une machine au volume très conséquent qui, à travers un microscope, permet de lire une photo à échelle nanométrique du duc et de la duchesse de Luxembourg. Si la démonstration est bluffante, peut-être un cliché d’une autre nature aurait-il rempli un office similaire sans sembler satisfaire à une certaine complaisance en ces lieux ?

Le plus piquant au fil des salles est lorsque, même chez les artistes, quêtes et interrogations s’apparentent à d’insensés bricolages, où ce qui semble être de la science est de l’art ou l’inverse. Au-delà du décalage temporel, s’ouvre ainsi un terrain sur lequel les deux parties, artistes et scientifiques, s’accordent à apparaître tels d’ingénieux fabricants de rêves.

EPPUR SI MUOVE

Commissariat : 8 commissaires sous la direction d’Enrico Lunghi
Nombre d’artistes : 74
Nombre d’œuvres contemporaines : 160
Nombre d’objets du Cnam : 55

EPPUR SI MUOVE. ART ET TECHNIQUES, UN ESPACE PARTAGÉ, jusqu’au 17 janvier, Mudam Luxembourg, 3, Park Dräi Eechelen, Luxembourg-Kirchberg, tél. 352 45 37 85 1, www.mudam.lu, tlj sauf mardi, mercredi-vendredi 11h-20h, samedi-lundi 11h-18h, entrée 7 €. Catalogue éd. Mudam.

Légende photo
Paul Granjon, Guido le robot guide, 2015, projet développé en collaboration avec Alliance Artem et laboratoire LORIA, sous la direction de Patrick Hénaff, production : Mudam Luxembourg, Fondation Mines Nancy, Artem Entreprises, le Grand Nancy, LORIA. © P. Granjon et A. Désaubliaux.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°440 du 4 septembre 2015, avec le titre suivant : Quand l’art rencontre la science

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque