Vendredi 20 septembre 2019

Paris 8e

Portinari quitte l’Amérique

Salon d’honneur du Grand Palais - Jusqu’au 9 juin

Par Vincent Noce · L'ŒIL

Le 16 mai 2014 - 376 mots

« Cette exposition dépasse la présentation au public parisien d’un chef-d’œuvre artistique. Elle représente le peuple brésilien, ses luttes, ses souffrances et ses espoirs. Elle évoque l’âme, le peuple et la terre du Brésil. »

Ainsi João Candido Portinari commentait-il à Rio l’annonce que l’œuvre monumentale de son père, Guerre et Paix, serait exposée en mai au Grand Palais. Réalisée pour le siège de l’Onu à New York, décrochée pour être restaurée au Brésil, où elle a été exposée devant des foules immenses, elle sort ainsi pour la première fois d’Amérique. Candido Portinari (1903-1962) est le peintre le plus célèbre du pays. Avec l’architecte et urbaniste Oscar Niemeyer, inspiré par le muralisme, il est le père du modernisme brésilien, qu’il a marqué de ses figures christiques. Natif de la campagne dans l’État de Sao Paulo, il fut dès l’enfance impressionné par la pauvreté des émigrés du Nordeste chassés par la famine. Dans les années 1940, il en a tiré des portraits faméliques, très influencé par sa vision du Guernica de Picasso. Plus tôt, dans la veine du réalisme social, il avait représenté un ouvrier agricole métis, torse nu, concentrant toute la noblesse d’un travailleur de la terre. Dans ce pays extrêmement conservateur, il fut ainsi l’un des premiers à introduire des gens de couleur dans la peinture. L’accueil ne fut pas moins difficile en 1941 à Washington, lorsqu’il dévoila le vestibule de la salle de lecture hispanique qu’il avait décoré à la bibliothèque du Congrès et que les invités eurent la mauvaise surprise de croiser ses amis noirs au cocktail. Il ne fut pas réinvité… De toute manière, son adhésion au parti communiste lui interdit l’entrée de États-Unis les dernières années de sa vie. Il ne fut ainsi pas question pour lui de venir inaugurer les panneaux Guerre et Paix offerts en 1955 par le Brésil aux Nations unies. Du reste, il n’y eut aucune cérémonie quand furent accrochées ces deux compositions cubisantes, mêlées d’humains et d’animaux de près de 15 mètres sur 10. Son travail fut interrompu par une hémorragie interne. N’écoutant pas ses médecins, qui lui avaient interdit de peindre, il avait mis près de quatre années à les achever. Intoxiqué par le blanc de plomb, il mourut sept ans plus tard de saturnisme.

« Guerre et Paix de Portinari »

Salon d’honneur du Grand Palais, 3, avenue du Général-Eisenhower, Paris-8e
www.grandpalais.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°669 du 1 juin 2014, avec le titre suivant : Portinari quitte l’Amérique

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