Samedi 29 février 2020

Musée des Beaux-Arts, Caen (14)

Pointes à la bolonaise

Jusqu’au 27 mars 2011

Par Dominique Vergnon · L'ŒIL

Le 28 janvier 2011 - 376 mots

Nés tous les trois à Bologne, fondateurs en 1585 de l’Académie des Incamminati, les Carrache veulent à la fois réagir contre les dérives du maniérisme et revenir aux canons antiques mais en les modernisant.

L’aîné, Ludovico, son cousin, Agostino, qui produit plus de deux cents gravures, et le frère de ce dernier, Annibale, le plus célèbre du trio, parviennent grâce aux jeux combinés des traits du burin et des morsures de l’acide à donner aux formes classiques une nouvelle vigueur. Sous leur impulsion, la gravure multipliant l’image, circulant vite et partout, va désormais jouer un rôle social éminent. Pour se faire apprécier, elle doit rester proche de la peinture qui l’inspire et réussir à s’en éloigner par sa capacité d’interprétation. La puissance évocatrice de la taille-douce s’affirme autant sinon plus porteuse d’émotion que le tableau. Les Carrache sont si unis les uns aux autres et si sûrs de leur savoir individuel qu’ils décorent à six mains le palais Fava, chacun refusant de reconnaître ce qu’il a fait et s’effaçant au profit du travail collectif : aucune signature n’est visible. Ils décorent aussi à fresque le palais Magnani.

Avec eux et leurs disciples, tels Guido Reni ou le Guerchin, l’école bolonaise triomphe durablement, son legs est inépuisable, ses prolongements parcourent l’Europe. Elle compte des graveurs remarquables, comme Bartolomeo Passarotti (1529-1592), Giuseppe Maria Mitelli (1634-1718), Giovanni Francesco Grimaldi, natifs de Bologne, ou encore Simone Cantarini, auteurs de compositions fines, libres et claires, que ce soit des allégories profanes et sacrées, des paysages évocateurs, des satires voire des « pièces lascives ». On admirera la pointe inventive de Mitelli dont une gravure, parmi d’autres cocasseries, présente un charlatan au ventre rebondi tenant un serpent dans sa main levée. Il appartient au cycle des quarante petits métiers de la ville émilienne, tous présentés. Libraire érudit, collectionneur avisé, éditeur passionné, Bernard Mancel (1798-1872) a constitué une collection véritablement extraordinaire : 40 000 gravures, 300 manuscrits, 2 000 livres, le tout légué à la ville de Caen. Le musée puise avec bonheur dans ce fonds, renouvelle les thèmes, fait découvrir des merveilles inédites.

Voir

« La gravure à Bologne, entre sacré et profane, 1560-1660 », musée des Beaux-Arts, le Château, Caen (14), tél. 02 31 30 47 70, www.mba.caen.fr, jusqu’au 27 mars 2011.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°632 du 1 février 2011, avec le titre suivant : Pointes à la bolonaise

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