Art moderne

Paris-4e

Picasso à la ligne

Centre Pompidou – Jusqu’au 15 janvier 2024

Par Itzhak Goldberg · L'ŒIL

Le 21 novembre 2023 - 311 mots

Jaillissement -  Il n’y a pas de lignes dans la nature, affirme l’adage. Chez Picasso, elles sont partout.

C’est dire l’ambition du projet du Centre Pompidou, dont le titre, « Picasso. Dessiner à l’infini », est parlant. De fait, il faut du courage – ou de l’inconscience – pour s’attaquer à cet artiste qui hante le XXe siècle et qui accède au statut d’icône de la créativité exceptionnelle. La solution offerte par les commissaires (Anne Lemonnier, attachée de conservation, et Johan Popelard, conservateur du patrimoine) est d’éviter une approche encyclopédique qui prétend à l’exhaustivité, et de proposer plutôt une présentation par touches, qui jettent des éclairages sur telle ou telle partie de cet univers étendu. Divisé en très (trop ?) nombreuses sections, le parcours aborde tour à tour des thèmes ou des notions. Mentionnons-en quelques-unes : « Le corps en éclats », « Visage », « Papiers collés » ou « Ratages et ratures », « Les livres illustrés ou « Les monstres », « Les saltimbanques ou « L’arabesque », « La ligne pure et la prolifération », etc. De temps à autre, un chef-d’œuvre surgit, parfois mis en évidence, parfois découvert au détour d’une salle. Ainsi, Femme à la tête rouge (1906-1907) est un magnifique exemple de la fascination de Picasso pour le primitivisme. Ailleurs, Arlequin (1923), cette œuvre hybride, mi-dessinée, mi-peinte, montre clairement que le soi-disant retour à l’ordre du maître n’a rien de rigide. Ailleurs encore, avec L’Acrobate (1930), l’artiste réussit à mettre en scène non pas simplement le corps en mouvement mais la sensation pure du mouvement. Enfin, la série Taureau (1945-1946), est un cheminement vers une simplification extrême. Dictées par le dynamisme de la main, d’un mouvement volontaire, les lignes chez Picasso – tantôt traces physiques, tantôt projections mentales – se dilatent et se dispersent pour s’épanouir à la surface de la page. Le terme de « geste cheminatoire » (Michel de Certeau) décrit parfaitement cet enregistrement de l’énergie canalisée ou, au contraire, de son jaillissement.

« Picasso. Dessiner à l’infini »,
Centre Pompidou, place Georges-Pompidou, Paris 4e, www.centrepompidou.fr

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°770 du 1 décembre 2023, avec le titre suivant : Picasso à la ligne

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