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Pettibon, critique sociale et enluminure

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 septembre 2002

Si, à première vue, l’œuvre de Raymond Pettibon s’offre à voir à l’ordre de l’illustration, il conviendrait beaucoup plus justement de la situer en rapport direct avec l’art de l’enluminure. Constituée de dessins pour l’essentiel à la plume et à l’encre, elle décline en effet toutes sortes de manifestes qui conjuguent textes et images dans une production immédiate de sens. Né en 1957, originaire de l’Arizona, Pettibon appartient à une génération et à une culture que fonde une attitude résolument contestataire au regard d’une société dont ses dessins croquent les travers, les abus et les dérives. Si les sources auxquelles son œuvre graphique puise avouent sa fascination pour le monde de la bande dessinée, l’univers des séries télévisées et le goût des « pulp fictions », c’est que Pettibon retourne en quelque sorte contre elle les armes de cette culture pour mieux la mettre en question.
A l’instar d’un Warhol qui use et abuse des clichés de l’American way of life pour élaborer toute une iconographie nouvelle, Raymond Pettibon lamine les thèmes chers à la société américaine – l’amour, le sexe, le dollar, la bible, les héros, la violence, etc. – pour échafauder comme un grand livre d’heures du monde contemporain. La façon qu’a l’artiste de présenter son travail en masse compacte dans une disposition quasi à touche-touche de ses images comme un grand mur sur lequel viendraient s’inscrire celles-ci contribue tout à la fois à en fortifier et à en brouiller le contenu. « On se perd dans un labyrinthe de scenarii improbables, où des phrases importées et détournées de la littérature, comme des pulp fictions bon marché, s’enroulent autour d’une image qui n’a rien à voir avec les différentes voix qui nous parlent dans les textes », note justement Arielle Pelenc, la nouvelle conservatrice du musée et commissaire de l’exposition. « Ce n’est pas de l’illustration mais de l’illumination », ajoute-t-elle, rebondissant sur une parole de l’artiste qui reconnaît jouer parfois avec « l’idée d’enluminure ». Comme il en est aussi d’une tradition du dessin satirique façon XIXe dans l’évidente admiration d’un Goya ou d’un Daumier.

- ROCHECHOUART, Musée départemental d’Art contemporain, château, tél. 05 55 03 77 77, 29 juin-15 septembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°539 du 1 septembre 2002, avec le titre suivant : Pettibon, critique sociale et enluminure

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