Dimanche 15 septembre 2019

Londres (Grande-Bretagne)

Paul Klee, inlassable chercheur

Tate Modern Jusqu’au 9 mars 2014

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 16 décembre 2013 - 358 mots

Il ne faut pas exagérer, les expositions sur Paul Klee (1879-1940) ne sont pas rares ; elles seraient même plutôt régulières.

Outre celles organisées chaque année par le Centre Paul Klee à Berne, dont c’est, il est vrai, le travail, on se souvient récemment d’une exposition à Berlin en 2008, à Rome en 2012, et plus encore celle-ci, exemplaire, présentée en 2011-2012 au Musée de la musique à Paris : « Polyphonies », sur Klee et la musique. Malgré toutes ces expositions, l’œuvre du peintre allemand parvient chaque fois à conserver sa fraîcheur. C’est qu’elle est forte, riche et plurielle. Complexe aussi, ce qui permet de renouveler les regards sans risquer la répétition. Le regard porté actuellement sur son travail par la Tate Modern est à cet égard significatif. « Paul Klee : Making Visible » entend démontrer que Klee, loin d’être un artiste instinctif, est au contraire un expérimentateur laborieux.

Si, comme Picasso, Klee « trouve », à la différence du peintre espagnol il « cherche ». Dès les années 1910, il consigne tout dans ses carnets, dont un est exposé dans la première salle de l’exposition londonienne : ses expériences sur la forme ou la couleur, comme les œuvres qu’il réalise, peintures, aquarelles ou gravures. Dans ses carnets, il les intitule et les numérote, les catalogue selon un système qui ne bougera pas jusqu’à sa mort, en 1940. Tout est extrêmement pensé chez Klee, construit et hiérarchisé, aptitude qui fera de lui l’un des illustres enseignants du Bauhaus. Pour soutenir cette thèse, les commissaires de l’exposition ont réuni près de cent trente œuvres, toutes exceptionnelles, accrochées chronologiquement en suivant les grandes catégories décidées par le peintre. Et la démonstration fonctionne, au prix, parfois, de la complexité de l’œuvre. Car, à Londres, l’accrochage est partisan : ont été soigneusement écartés les portraits, les paysages ou les caricatures de Klee, comme ses marionnettes, au profit de ses travaux plus formalistes : grilles colorées ou pointillisme des années 1930 – même si la figuration est tout de même présente, par touches.

Si ce n’était pas le Klee que l’on aime, l’exposition eût été ratée. Elle est tout simplement inoubliable.

« The EY Exhibition. Paul Klee : Making Visible »,

Tate Modern, Bankside, Londres (Grande-Bretagne), www.tate.org.uk

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°664 du 1 janvier 2014, avec le titre suivant : Paul Klee, inlassable chercheur

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