Mercredi 14 novembre 2018

Munch : comme en 1912

L'ŒIL

Le 1 janvier 2003 - 359 mots

En 1907, la ville industrielle de Bielefeld, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, montre les œuvres du peintre norvégien Edvard Munch (1863-1944) pour la première fois au Kunstsalon Otto Fischer. Munch dévoile à l’occasion 44 peintures et gravures dans un pays qui le considère depuis 1891 comme le grand maître de la modernité avec, à son actif, pas moins d’une cinquantaine d’expositions rien que sur le sol teuton. Les œuvres présentées aujourd’hui à la Kunstalle ont toutes été proposées au public allemand en 1912, l’année qui marque définitivement la célébrité et le succès international de Munch. Après Munich (Moderne Galerie Heinrich Thannhauser), Breslau (Galerie Ernest Arnold), et Hagen (Museum Folkwang Frühjahr), Munch est alors invité à participer à une exposition organisée à Cologne par le groupe d’artistes Sonderbund, du 25 mai au 30 septembre. « Cette exposition a pour but de donner un aperçu du mouvement que l’on a baptisé Expressionnisme », écrit Richard Reiche dans la préface du catalogue de 1912. C’était un terme que l’on commençait à appliquer aux récents développements de l’art moderne dans les pays de langues germaniques. Très subjectifs et individualistes dans leur approche, les Expressionnistes s’efforçaient de simplifier les formes et de rehausser les couleurs dans le but de provoquer les réactions d’ordre emphatique et instinctif du public. Ces objectifs étaient très apparentés à ceux de Munch, aussi le Norvégien fut-il proclamé précurseur du jeune mouvement allemand, aux côtés de Van Gogh et de Gauguin. Cette exposition d’avant-garde réunissait 160 artistes de neuf nationalités différentes, totalisant 577 tableaux, 57 sculptures et d’innombrables objets d’artisanat. Munch eut droit à tous les honneurs en exposant dans la plus grande salle 32 chefs-d’œuvre, parmi lesquels Inger sur la plage, 1889, Madone, 1894, Mélancolie, 1894-1895, Les Jeunes filles sur le pont, 1905, Les Hommes au bain, 1908-1910, ou Travailleurs dans la neige, 1910. Tandis que la critique le proclame guide spirituel de toute une génération, le Norvégien cinquantenaire, confronté aux artistes les plus téméraires de l’époque, déclare paradoxalement : « Ici, sont réunies les peintures les plus extravagantes d’Europe. J’apparais franchement classique et pâle en comparaison. »

BIELEFELD, Kunsthalle, Artur Ladebeck Strasse 5, tél. 521 51 24 80, 24 novembre-16 février.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°543 du 1 janvier 2003, avec le titre suivant : Munch : comme en 1912

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