Mario Schifano

Esprit critique

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 23 février 2009

Figure atypique de la scène artistique italienne, Mario Schifano a laissé une œuvre peinte, puissante et singulière, que la critique n’a pas toujours considérée à sa pleine mesure.

Sans doute est-ce parce qu’elle s’offre à voir dans des manières très différentes et qu’elle emprunte les styles les plus opposés, échappant ainsi à toute classification possible. Né en 1934 à Homs en Libye, décédé à Rome en 1998, Mario Schifano n’en a pas moins exercé une influence déterminante sur l’art italien des années 1960 jusqu’à sa mort.
L’exposition en forme d’hommage que lui consacre le musée de Saint-Étienne suit le déroulé chronologique d’une production qui se décline à l’ordre de cycles et qui acte l’attitude expérimentale de l’artiste à l’œuvre. De 1959 à 1962, Schifano réalise tout d’abord toute une série de peintures monochromes qu’il fait suivre par un ensemble en référence aux futuristes italiens, puis exécute des tableaux d’après Cézanne, De Chirico, Magritte… Il anticipe par là un mouvement visant à revisiter les avant-gardes historiques du début du xxe siècle qui trouvera plus tard à s’exprimer en Italie au sein de la Trans-avant-garde. C’est dire s’il fait figure de pionnier.
Dans les années 1970, Mario Schifano aborde bien avant d’autres toute une réflexion sur les relations entre peinture et photographie, puis il se concentre sur des problèmes de matière, de lumière et de couleur en appliquant directement la peinture sur la toile à la sortie du tube. Si son art renvoie à toutes sortes de thématiques liées à l’homme et à la société, il se justifie d’abord et avant tout par une analyse des structures de la perception. « Je crois, disait-il, que ce qu’il y a de spécifique dans mon travail, c’est une composante conceptuelle et que cette conceptualité prime sur l’image, le style ou le référent. »
En intégrant dans la structure même de ses tableaux toutes sortes d’objets, de logos et d’emblèmes, Mario Schifano a instruit son œuvre à l’ordre de moments bizarres, étranges et incongrus qui en renouvellent la potentialité sémantique. La complexité dans laquelle celle-ci se présente, notamment dans les travaux des années 1980-1990, est à l’écho d’une époque qui se gargarise d’images dans un télescopage tel que tout s’y emmêle et s’y brouille. Une façon d’esprit critique noyé dans la peinture.

A voir

« Mario Schifano, 1934-1998. Rétrospective », musée d’Art moderne de Saint-Étienne Métropole, La Terrasse, Saint-Étienne (42), www.mam-st-etienne.fr, jusqu’au 26 avril 2009.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°611 du 1 mars 2009, avec le titre suivant : Mario Schifano

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