Vendredi 14 décembre 2018

Manuscrits perses en majesté

Chatoiement des couleurs et minutie d’exécution

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 19 décembre 1997 - 382 mots

Flûtistes, scènes de bataille, courtisans, chardonneret sur une branche : à la Bibliothèque nationale de France, quelque 160 manuscrits persans du XIIe au XVIIe siècle, peints et enluminés, témoignent d’un art de cour raffiné.

PARIS - Les prestigieux manuscrits, exceptionnellement sortis des collections de la Bibliothèque nationale de France, conjuguent art et poésie, beauté chatoyante des couleurs et minutie d’exécution. Ils marquent, indique Jean-Pierre Angremy, président de la BnF,  la “rencontre d’un art du livre très raffiné où se marient, en une subtile alchimie, calligraphie sublime, enluminure somptueuse, illustration délicate et reliure finement ouvragée”. Cet art du livre est lié au mécénat princier et se développe sous sa protection. Chaque prince rivalise avec ses prédécesseurs ou ses concurrents. On cite les ateliers-bibliothèques du vizir Rachid al-Din à Tabriz, des sultans Baysonqor et Hoseyn Mirza Bayqara à Hérât, au XVe siècle, ou ceux des shahs Esma’il et Tahmasb 1er à Tabriz, au siècle suivant.

Enracinés dans la tradition islamique, les premiers manuscrits sont conçus comme des Corans enluminés. Lorsqu’ils envahissent la Perse au XIIIe siècle, les Mongols y introduisent la peinture chinoise : montagnes, nuages, oiseaux... “Un autre aspect formel de la peinture persane est son caractère théâtral, qui maintient toujours une certaine distance entre l’image et celui qui regarde”, souligne Oleg Grabar, professeur à Princeton. Évoquant certaines peintures italiennes primitives, le ciel bleu figure la nuit et le ciel doré le jour. Au XVe siècle, les éléments décoratifs perdent la place qu’ils occupaient dans les peintures au profit de détails plus réalistes. Un nouveau style calligraphique apparaît et le dessin déborde dans les marges.

Le Shah-Nâme (Livre des Rois) de Firdusi (v. 940-1020), particulièrement remarquable, relate l’histoire de l’Iran des origines du monde à la conquête arabe, au VIIe siècle. Les héros Rostam tuant le dragon ou Faramarz bataillant sont peints avec un réalisme qui contraste avec la délicatesse du chardonneret sur une branche de narcisse, exécuté à Ispahan au VIIe siècle, une époque déjà marquée par l’influence européenne.

SPLENDEURS PERSANES, jusqu’au 1er mars 1998, Bibliothèque nationale de France, Galerie Mazarine, 58 rue de Richelieu, 75002 Paris, tél. 01 47 03 81 12, tlj sauf lundi 10h-19h. Entrée : 35 F, TR : 24 F. Catalogue sous la drection de Francis Richard, 240 p. couleurs, 160 ill., relié, 290 F, éditions BnF.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°50 du 19 décembre 1997, avec le titre suivant : Manuscrits perses en majesté

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