Vendredi 14 décembre 2018

Jeu de Paume, site Concorde. Du 9 février au 6 juin 2010

Lisette Model

L’instinct de l’œil

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 26 janvier 2010 - 429 mots

On a dit qu’elle possédait l’œil le plus instinctif de l’histoire de la photographie. « Elle », c’est Élise Amélie Félicie Stern, née dans une bonne famille juive du Vienne de 1901, et morte Lisette Model quatre-vingt-deux ans plus tard à New York, où elle avait élu domicile en 1938.

Sans doute y a-t-il là, comme dans toutes les légendes, un fond de vérité ; ce qui est certain, néanmoins, c’est que Lisette Model était dotée de l’un des yeux les plus vifs et les plus absolument photographiques que l’histoire ait connus. L’un des plus acérés – pour ne pas dire des moins complaisants – aussi.
 
Pour s’en convaincre, il faudra aller voir l’exposition « Lisette Model » qui, après Madrid, s’installe au Jeu de Paume pour une durée de quatre mois à compter du 9 février. Là, nous promet le centre d’art parisien, seront présentées près de cent vingt photographies choisies parmi les plus emblématiques de la photographe. Un best of en quelque sorte dont on se satisfait déjà tant les occasions de se délecter des clichés de Model sont rares en Europe, en particulier en France.
 
Que nous montrent ces photographies ? Une bourgeoise fumant sa cigarette avec condescendance, lunettes de soleil sur le nez, sur la promenade des Anglais (Nice, 1934) ; une grosse baigneuse, jambes écartées et mains sur les cuisses, hilare sur la plage de Coney Island (New York, 1939-1941) ; une chanteuse enflammée, les cheveux virevoltants, hurlant dans son micro du Metropole Café (New York, 1946)… Voilà pour les plus connues.
 
Le cadrage, souvent redécoupé au tirage, est serré à l’extrême : les têtes et les pieds saisis au flash cognent les bords, les bras sont amputés. Si une main ou une clarinette surgit dans un angle du cadre, c’est pour servir la composition. Car rien n’est laissé au hasard chez Model, à commencer par la contre-plongée, longtemps dictée par l’utilisation d’un appareil Rolleiflex, et marque de fabrique de l’artiste.
 
Les sujets, pourtant pris à la volée, eux non plus ne sont pas choisis par hasard : les personnalités pittoresques, les miséreux et les célébrités du jazz. Tous sont choisis pour leur capacité à habiter l’image :  leur regard, leur faciès, l’expressivité de leurs lèvres… « Lisette à fait sauter mes verrous puritains », disait Diane Arbus à propos de l’enseignement de sa professeur et amie. Elle a aussi fait sauter les verrous de la photographie d’après 1950. Et pour encore longtemps.

Voir

« Lisette Model », Jeu de Paume, 1, place de la Concorde, Paris VIIIe, www.jeudepaume.org, du 9 février au 6 juin.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°621 du 1 février 2010, avec le titre suivant : Lisette Model

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