Lilian Bourgeat voit grand à Dole

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 25 mars 2008

S’il n’était question que de dilatation d’échelles et d’objets, Lilian Bourgeat ne serait peut-être que le digne fils de Claes Oldenburg. Mais voilà, le jeu n’est pas si simple. Dans la première rétrospective de ce trentenaire, un panorama de dix années de création en vingt et une sculptures, il est certes question d’objets domestiques et du quotidien frappés de surcroissance. Mais le destin de ces objets dilatés et dépouillés de leur fonctionnalité est de glisser hors de ce simple amusement. C’est un « appât » selon Lilian Bourgeat, et il guide le visiteur dans une histoire de l’art largement maîtrisée.
Que ce soit la paire de bottes de chasse géante, deux pieds gauches intitulés Invendu-bottes (2007) ou le Piggy Bank (1998), une attendrissante tirelire porcine, les œuvres sont à double fond. Il faut en effet dépasser l’effet de surprise et de ravissement enfantin qui atteint chaque visiteur de 7 à 77 ans, pour pénétrer véritablement l’univers de ce jeune homme.
La pièce la plus ancienne, le gros cochon rose, a la même acuité dix ans après sa conception. Alors que l’argent est roi et certaines œuvres frappées de gigantisme gratuit, qu’on fétichise ou capitalise sur le dos de l’art, Piggy peut se remplir d’un beau pécule, libre à son collectionneur de la détruire pour récupérer ce butin. C’est une parabole diablement perspicace et elles sont légion au fil des salles. On y retrouve une certaine obsession automobile (volants, rétroviseurs, clignotant, vache de plage arrière) et de belles surprises. Parmi celles-là, les « nouveautés », des traceurs d’écrous créés pour l’exposition jurassienne, deviennent de véritables « kits pour peinture murale suisse » dixit l’artiste. Quant au Dîner de Gulliver, table et chaises de jardin, couverts pour six convives, ont été agrandis deux fois et demie, une échelle dont le mètre étalon est le nabuchodonosor. Forcément. Le Centre de création contemporaine de Tours qui a produit cet ensemble devrait y tenir des dîners gargantuesques en ses murs dès cet été. À Dole, la table n’est pas dressée mais on peut la surplomber avec vertige et envie. On conseillera de finir par la partie graphique. Bourgeat s’est de nouveau allié au trait acide du caricaturiste Philippe Vuillemin pour compléter sa collection de planches savoureuses, analyses sans complaisance de ses expositions. Histoire que personne ne prenne la grosse tête.

« Lilian Bourgeat. Objets extraordinaires, 1998-2008 », musée des Beaux-Arts, 85, rue des Arènes, Dole (39) www.musees-franchecomte.com, jusqu’au 27 avril 2008.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°601 du 1 avril 2008, avec le titre suivant : Lilian Bourgeat voit grand à Dole

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